Mercredi,  26 janvier 2022  17:52

Une traversée de l’Amazonie

04-01-2006  By: Rodolphe Lasnes


Manaus

Après quatre jours de navigation depuis la frontière, nous nous étions habitués à ne voir que du vert parsemé de petits villages et des dauphins de temps en temps. Ainsi, il est difficile d’imaginer qu’une ville de 1.4 millions d’habitants puisse émerger au milieu de la forêt. Cette ville mythique, terre de chercheurs d’or et d’aventuriers de tous genres, avait pour moi une saveur de « Far West ». Malheureusement, nous sommes arrivés trop tard : le centre-ville ressemble à une énorme galerie marchande et  la ville dort à 20 heures. Il ne subsiste que très peu des anciennes bâtisses qui auraient pu nous donner un « après-goût » de l’ambiance qui régnait ici jadis.

C’est au théâtre que nous nous sommes remis de cette déception. Le fameux théâtre des Amazones, la fierté de la ville, a été bâti à la fin du 19e siècle par les barons du caoutchouc. Ces derniers auraient voulu y voir chanter la Diva Maria Calas, mais en vain : elle ne fit jamais le voyage. Pas de Diva ce soir, mais l’orchestre symphonique de Manaus joue gratuitement plusieurs fois par semaine. Confortablement installés dans une loge drapée de velours rouge, nous avons droit à une soirée hors du temps, dans un décor merveilleux, qui justifie à elle seule cet arrêt à Manaus.

La rencontre des eaux est une autre attraction de Manaus. La confluence des eaux brunes du Salimoes (Amazone) rejoint les eaux noires du Rio Negro. Le résultat est surprenant : les deux fleuves n’ayant ni la même température ni la même profondeur, ils se longent sans se mélanger sur plusieurs kilomètres.


Les hasards du voyage

Nous sommes restés bloqués presque une semaine à Manaus. Les bateaux pour Belém étant rares, nous avons décidé à mi-chemin de prendre un premier navire jusqu’à Santarem, certains d’en trouver un autre rapidement vers Belém. Seulement, une fois à Santarem, il nous fallait attendre encore plusieurs jours avant de pouvoir embarquer vers Belém. Deux Espagnoles rencontrées à Santarem nous parlent alors d’Alter Do Chao, un petit village à 30 km de là qui, paraît-il, vaut le détour… Et nous avons bien fait de suivre leur conseil, nous sommes arrivés dans un petit paradis : un lac perdu en pleine jungle luxuriante, des plages de sable blanc et fin, une eau douce à plus de 20ºC, des villageois accueillants et la meilleure auberge où nous ayons séjourné jusqu’à présent. Nous devions y rester deux jours, mais nous avons eu du mal à partir au bout d’une semaine !

La saison des pluies arrivant à grand pas, nous devions tout de même en finir avec l’Amazonie. Plus que deux jours de navigation jusqu’à Belém, et c’est sans doute la partie la plus intéressante de cette traversée. Le fleuve se rétrécit et les voies fluviales empruntent des rivières beaucoup plus petites qui nous laissent admirer la diversité des arbres et voir de plus près la vie des habitants de la forêt. Profitant de la proximité des bateaux de passage, ceux-ci viennent en pirogue à notre rencontre et tentent de faire du « bateau-stop » pour remonter le fleuve jusqu’au prochain village. Cela demande une certaine habitude: armés d’une barre de fer, ils s’accrochent au bateau tout en continuant à pagayer, puis escaladent les rambardes en attachant leur pirogue. Nous avons eu droit à de beaux chavirages, mais les plus habiles étaient récompensés par des applaudissements, les divertissements à bord étant rares…

Et puis, au détour d’un bras du fleuve, Belém apparaît finalement, énorme et irréelle. La baie est remplie de cargos et pétroliers, ce qui signifie que l’Atlantique n’est plus très loin. Après 3600km  de fleuve parcouru, onze jours de bateau et quatre navires différents, nous avons l’impression d’arriver sur un autre continent.

COUPS DE CŒUR

Alter do Chao : petit village situé à 30km de Santarem, accessible par avion ou bateau, puis en bus de Santarem. Possibilité de faire des excursions en jungle, ou simplement de profiter des plages superbes.

Albergue Pousada da Floresta : à Alter Do Chao, dans un jardin luxuriant, des cabanes confortables, à 100m de la plage.

Contact : alberguedafloresta@hotmail.com

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