Plaidoyer en faveur des crédits pour voyages futurs


Plaidoyer en faveur des crédits pour voyages futurs
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

« Alors que l’industrie fait face à un cas de force majeure, les crédits pour voyages futurs sont essentiels pour lui permettre de perdurer. C’est bien simple : c’est une question de survie ! » plaide Joane Tétreault, présidente de l’Association des tours opérateurs du Québec (ATOQ).

La semaine dernière, de concert avec l’AAVQ, l’ATOQ a formellement demandé au gouvernement du Québec d’amender le Règlement sur les agents de voyages pour officialiser la pratique des fournisseurs d’offrir un crédit voyage plutôt qu’un remboursement.

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« Nous n’avons pas obtenu de réponse jusqu’à maintenant. Nous sommes impatients de voir de quelle façon l’OPC va agir pour permettre à l’ensemble de l’industrie de passer au travers de la crise en cours », indique Mme Tétreault.

En attendant la réponse, l’ATOQ ne juge guère encourageant que l’OPC ait retiré la question portant sur les crédits-voyages de sa Foire aux questions sur le voyage en lien avec la COVID-19.

« Faut-il comprendre que l’OPC s’est ravisé sur cette question, après avoir démontré une certaine ouverture ? Nous souhaitons que ce ne soit pas le cas… », commente Joane Tétreault.

Le Québec à contre-courant ?

Et si c’était effectivement le cas, Joane Tétreault note que le Québec s’inscrirait à contre-courant de ce qui se fait dans plusieurs pays d’Europe – dont l’Italie, la Belgique, la France…

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Elle note que l’OPC serait aussi en porte-à-faux par rapport à l’Office des transports du Canada, qui s’est prononcé en faveur des crédits pour voyages futurs offerts par les transporteurs aériens dans un contexte de force majeure.

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La présidente de l’ATOQ ajoute qu’une telle position irait également à l’encontre de celle du gouvernement de l’Ontario. Celui-ci, rappelons-le, vient tout juste d’amender le règlement de sa Loi sur l'industrie du voyage afin (notamment) de permettre à un fournisseur empêché de fournir des services de voyages en raison de la COVID-19 « de fournir au client un bon d’échange, un certificat, un coupon ou un document semblable en vue d’un futur rachat pour des services de voyages ».

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Une question de volonté politique

La présidente de l’ATOQ conçoit mal l’ambivalence de l’OPC quant aux crédits-voyages, « alors que le Québec a si souvent fait figure de précurseur auparavant » – un bon exemple étant la mise en place du FICAV, qui fait l’envie de toutes les autres provinces.

« C’est avant tout une question de volonté politique », avance-t-elle.

Une forme de partage de risque équitable

Selon Joane Tétreault, il est indéniable que l’industrie est confrontée actuellement à un cas de force majeure, jamais vu.

« Pour faire face à une situation exceptionnelle, ça prend des mesures exceptionnelles ! » opine-t-elle.

Selon elle, même une mesure temporaire, ne couvrant que la période de crise actuelle du COVID-19, serait bienvenue; serait préférable à tout le moins à une absence totale de mesure.

« L’industrie est menacée. Il faut répondre à la menace », insiste Joane Tétreault.

Une option critiquée

Aux yeux de la présidente de l’ATOQ, l’offre de crédits-voyages est une forme de partage de risque équitable entre les t.-o. et les autres intervenants du dossier.

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Néanmoins, Joane Tétreault est bien consciente que le principe des crédits-voyages ne fait pas l’unanimité dans l’industrie – et encore moins chez les consommateurs. Elle suggère que les consommateurs opposés aux crédits-voyages se tournent vers le FICAV.

« Le Québec s’est collectivement donné un outil pour faire face à de telles situations. Les agents dont les clients ne sont pas contents devraient les inviter à faire une réclamation au FICAV. Le Fonds est en excellente santé. Il n’y a pas de raison de ne pas le mettre à profit. »

Joane Tétreault sait aussi que certains trouveraient les crédits-voyages plus acceptables s’ils étaient bonifiés par rapport au montant payé initialement – à l’instar de ce que proposent certaines compagnies de croisières.

« C’est sûr que d’offrir 125 % du montant payé, c’est attrayant. Ça rend la pilule plus facile à avaler, convient-elle. Mais il faut mettre les choses en contexte... »

Joane Tétreault relève que les compagnies de croisières – un des segments les plus profitables de l’industrie – mettent ces politiques en place alors que leur image est particulièrement mise à mal par la crise en cours.

« Mais contrairement aux voyagistes par exemple, elles n’ont pas à accorder leurs violons avec une variété de fournisseurs ayant eux-mêmes chacun leur politique – avec l’hôtelier, le transporteur, l’autocariste, le restaurant, le musée, etc. La réalité des voyagistes est tout autre ! » conclut la présidente de l’ATOQ.

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