États financiers de Vacances Sinorama : l'industrie se prononce


États financiers de Vacances Sinorama : l'industrie se prononce
Marie-Eve Vallières

Marie-Eve est une Montréalaise pour qui le voyage n'a plus de secrets. Ayant vécu à Londres et en France, elle nourrit une soif d'aventure et de découverte depuis maintenant neuf ans. 29 pays plus tard, Marie-Eve continue de bourlinguer à travers le monde.

La Presse dévoilait ce matin au terme d'une vaste enquête que Vacances Sinorama éprouverait de graves difficultés financières en étant déficitaire de 10,9 millions de dollars, somme qui devait être utilisée « pour honorer les futurs voyages déjà payés par les consommateurs ».

PAX a contacté deux acteurs importants de l'écosystème québécois des voyages, soit Laurent Plourde et Claude St-Pierre, afin de connaitre leurs impressions de cette nouvelle qui fait l'effet d'une bombe.

Mise en contexte

Les états financiers de Sinorama Corporation au 31 décembre 2017, rendus publics le 17 avril, totalisaient 37,8 millions en dépôts totaux, qui normalement doit servir pour payer les fournisseurs de services (hébergement, transports, etc.). Or, surprise, le voyagiste s'estime incapable de combler les paiements dus suite aux voyages déjà vendus aux consommateurs.

Rappelons que Vacances Sinorama exige que les factures soient payées en entier par ses clients des mois avant que le service ne soit rendu.

« Pour parvenir à combler ce trou, elle compte s'en remettre aux ventes à de nouveaux clients », rapporte La Presse. Les dirigeants de Sinorama ont également admis avoir embauché une nouvelle firme comptable dans l'optique d'un redressement financier.

« La différence [...] entre les dépôts des consommateurs et les prépaiements devra être financée par les liquidités provenant des activités futures, au moins pour la somme de 10,9 millions qui excèdent nos liquidités disponibles au 31 décembre 2017 ».

Une question mérite également d'être soulevée : si les états financiers du 31 décembre rapportent un manque à gagner de presque 11 millions de dollars, qu'en est-il au 3 mai 2018? Sinorama devra-t-elle mettre la clé sous la porte ou sera-t-elle secourue par ses filiales étrangères à Paris et à New York?

Sinorama défend ses pratiques

Le président du conseil de Sinorama, Hong Simon Qian, explique que son entreprise avait procédé à l'achat de blocs de chambres sans nécessairement avoir eu de réservations de forfaits pour éviter de potentielles hausses de prix et faire économiser ses clients, ce qui pourrait justifier ce manque à gagner.

En ce qui à trait à l'article 22 du Règlement sur les agents de voyages, qui stipule noir sur blanc que « les sommes perçues des clients de l'agent de voyages doivent être entièrement déposées, sans délai, dans le compte en fidéicommis », Hong Simon Qian explique ces sommes fautives par le fait qu'une partie des ventes de Vacances Sinorama sont effectuées hors Québec, ce qui les déleste de cette obligation envers l'OPC.

Le voyagiste a également dépensé plus de huit millions de dollars en publicité, notamment à la télévision avec la comédienne Guylaine Tremblay ainsi qu'à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Selon les chiffres rapportés par La Presse, Sinorama aurait vendu des voyages et des forfaits d'autocar totalisant 123 millions de dollars canadiens en 2017, en hausse de 27 % sur l'année précédente.

Le reportage de La Presse a également donné tribune à Martine Jing, présidente-directrice générale de l'entreprise, qui n'a pas hésité à dire que « les concurrents nous haïssent » en raison de cette politique pour le moins agressive de bas prix misant sur un gros volume de clients.

Deux tour opérateurs québécois se prononcent

thumb_7670_1200_1_0_0_auto.jpgLaurent Plourde, président de Groupe Voyages Québec*

Laurent Plourde, président de Groupe Voyages Québec, suivait la situation de près depuis longtemps. « C'est rassurant de voir que les autorités gouvernementales s'interrogent sur ces pratiques. Les procédures mises en place sont là pour protéger le consommateur et s'assurer que son argent transige en toute sécurité. Je crois que mes confrères tour opérateurs seront du même avis que moi », soutient-t-il.

« Les sommes perçues auprès des clients doivent être déposées en fidéicommis afin de payer les fournisseurs des services vendus, et non être utilisées à d'autres fins », rappelle Laurent Plourde.

De son côté, l'affable Claude St-Pierre, en sa qualité de directeur général de Tours Chanteclerc, n'a pas caché son opinion.

« Mathématiquement, ça ne fonctionne pas, et c'est là que le bat blesse. Comment est-ce possible d'offrir des voyages à 999 $ alors que l'avion à lui seul coûte 900 $ ? Ce sont des prix dérisoires et c'est notre rôle d'expliquer aux clients ce que ce prix comporte. De mon côté, je n'ai jamais vendu autant de forfaits en Chine que maintenant, même si je dois justifier mes prix », affirme-t-il.

Il souligne également que la compétition dans l'industrie est souhaitable et souhaitée et qu'il existe une panoplie d'autres concurrents respectables qui proposent aussi des produits sur la Chine. « Sincèrement, si j'étais agent de voyages, j'y penserais en deux fois avant de proposer les solutions de Sinorama à mes clients », scande-t-il.

Claude St-Pierre attendait avec impatience les états financiers de Sinorama et souligne que ce scandale, en quelque sorte, est un rappel à la transparence exigée par les autorités et par la clientèle. « Il y a un cadre juridique à respecter dans la vente de voyages au Québec. La loi fera son travail ».

Sans-titre-2.jpgClaude St-Pierre, directeur général de Tours Chanteclerc

Qu'en dit l'OPC, justement?

Une bouée avait été lancée à l'Office de la protection du consommateur (OPC) il y a quelques mois, mettant en lumière les opérations de Sinorama. L'organisme était donc au courant de ce qui se tramait.

« L'OPC est en contact étroit avec Vacances Sinorama actuellement pour mener les vérifications qui s'imposent et s'assurer qu'elle agit en conformité avec la loi », affirme Charles Tanguay, porte-parole de l'OPC.

Au sujet des vérifications, la direction de Sinorama dit collaborer avec l'OPC. « Je crois que c'est normal. On a renouvelé nos licences chaque année et on a montré tous nos documents. On corrige les situations que nous dit l'OPC pour respecter les règles », a expliqué le président du conseil d'administration de Sinorama, Simon Qian, à La Presse.

Le reportage de La Presse aura révélé que « la possibilité que l'entreprise soit déclarée insolvable et qu'un administrateur provisoire soit nommé par l'OPC fait partie des hypothèses », selon l'OPC. « Le cas échéant, un tel administrateur veillerait « à ce que les départs imminents se fassent et que les retours au pays puissent se faire dans les meilleures conditions possibles », peut-on lire dans l'article original.

Sources :
Indicateur