Mardi,  29 septembre 2020  20:15

Débat sur les crédits voyage : « Les tergiversations, ça suffit ! »


Débat sur les crédits voyage : « Les tergiversations, ça suffit ! »
Joane Tétreault et Claude St-Pierre.

Dans le débat sur les crédits voyage, opposants et partisans s’entendent au moins sur une chose : condamner la lenteur du gouvernement québécois à prendre position.

Farouche partisane du remboursement, Me Élise Thériault, avocate d’Option consommateurs, se désole ainsi du « mutisme consternant » de l’OPC. Elle était citée hier (27 mai) dans une chronique de Stéphanie Grammond dans La Presse+. La journaliste déplorait quant à elle le « silence radio » de la ministre de la Justice, Sonia Lebel…

Dans l’autre camp, on s’impatiente tout autant de la procrastination gouvernementale. « On n’en peut plus d’attendre. Les tergiversations, ça suffit ! », tonnent Joane Tétreault et Claude St-Pierre, respectivement présidente et vice-président de l’ATOQ (Association des tours-opérateurs du Québec).

Neuf semaines plus tard

Le 25 mars dernier, rappelons-le, l’ATOQ et l’AAVQ cosignaient une lettre exhortant le gouvernement québécois à légitimer l’offre de crédits voyage. Pendant que l’AAVQ défendait sa position sur toutes les tribunes, l’ATOQ s’est surtout activée en coulisses.

LIRE PLUS : L’AAVQ et l’ATOQ pressent Québec d’officialiser l’offre de crédits pour voyage futur à la place d’un remboursement

« Comme l’AAVQ et l’ACTA occupaient très efficacement l’espace public, nous n’avons pas jugé nécessaire d’en rajouter. Ce qui ne nous a pas empêchés de faire de nombreuses représentations auprès des décideurs », assure Joane Tétreault.

Toutefois, cette méthode douce n’a pas donné les résultats escomptés…

« Force est de constater que nous sommes toujours en attente ! » lâche Claude St-Pierre, manifestement exaspéré par la lenteur du processus décisionnel. « Je veux bien croire que notre dossier n’est pas considéré comme aussi prioritaire que ceux reliés à la santé publique, mais rien ne justifie que le gouvernement tarde tant à se prononcer. Après neuf semaines, le moment est venu de rompre notre silence ! »

Mais pourquoi donc est-ce si long ?

« Franchement, ça nous paraît incompréhensible, commente Joane Tétreault. Depuis le début de cette crise, tous les paliers de gouvernement ont démontré une grande volonté politique. On trouve rapidement des solutions aux problèmes, quitte à peaufiner les modalités par la suite. Le gouvernement trace une direction, puis les fonctionnaires précisent les contours... »

Ce sentiment d’urgence s’observe dans tous les domaines, relève Joane Tétreault... Tous, sauf celui du voyage !

« On dirait qu’au ministère de la Justice, c’est le contraire : on s’enfarge dans les détails avant d’établir un mot d’ordre ! »

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Contrecoups

L’ATOQ a été très patiente, mais ses réserves de patience sont maintenant épuisées, enchaîne Claude St-Pierre.

« Car pendant que le gouvernement tergiverse, une cascade d’autres intervenants, eux, n’hésitent pas à se positionner. Et nous en subissons les contrecoups ! »

Invité à préciser sa pensée, Claude St-Pierre évoque Option consommateurs qui fait signer des pétitions, les firmes d’avocats qui brandissent des menaces de poursuite, les gérants d’estrade qui désinforment le public… Sans oublier les assureurs qui prétextent l’offre de crédits pour se refuser à être premiers payeurs !

Et la cerise sur le gâteau, selon Claude St-Pierre : les processeurs de carte de crédit qui, considérant que le service n’a pas été rendu, acceptent de rembourser les consommateurs. « Traduction : on pige l’argent directement dans mon compte de banque ! »

Selon le président de Tours Chanteclerc, cette problématique de la rétrofacturation est particulièrement préoccupante. « Pendant que le gouvernement laisse traîner les choses, les "chargebacks" gonflent de jour en jour, d’heure en heure, de minute en minute », s’emporte-t-il.

« Résultat : on se retrouve plus menacés que jamais ! » corrobore la présidente de Skylink.

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Considérations économiques vs considérations politiques

Le gouvernement hésiterait-il à se prononcer parce qu’il redoute une mauvaise réception du public ? Joane Tétreault et Claude St-Pierre éludent prudemment la question…

« Nous croyons que le gouvernement a un portrait juste de la situation : il est très conscient que, dans l’état actuel des choses, le FICAV ne pourrait suffire à rembourser tous les consommateurs. D’un point de vue économique, la situation est parfaitement claire. Restent les considérations politiques… », évoque Joane Tétreault.

Pour sa part, Claude St-Pierre en vient à se demander si la lenteur du processus décisionnel ne trahit pas un certain manque d’estime du gouvernement pour l’industrie du tourisme expéditif...

« Sommes-nous négligeables ? Valons-nous moins, comme citoyens, que ceux qui travaillent dans la construction ou l’alimentation ? », s'interroge-t-il.

Du même souffle, il s’insurge contre les démagogues qui reprochent aux acteurs de l’industrie de faire sortir l’argent du pays.

« Notre contribution à l’économie locale n’est plus à démontrer », dit-il.

Claude St-Pierre entrevoit de très lourdes conséquences pour l’industrie – « une hécatombe ! » – si le gouvernement ne finit pas par légitimer les crédits voyage. « Qu’est-ce que pourront vendre les agences qui survivront à la crise ? Je me le demande ! » dit-il.

Selon lui, une telle situation ne ferait évidemment que des perdants – y compris dans le camp des consommateurs, insiste-t-il.

« Nous ne sommes pas contre les consommateurs »

« On dirait qu’on cherche à mettre nos intérêts en opposition avec ceux des consommateurs, intervient Joane Tétreault. C’est injuste ! Nous ne sommes pas contre les consommateurs. Notre existence même dépend des consommateurs. Leur confiance nous est indispensable. L’attentisme du gouvernement porte préjudice à la relation que nous avons construite, au fil des ans, avec les consommateurs. »

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Le plus triste, selon Claude St-Pierre, c’est que pendant que l’industrie attend une décision que le gouvernement remet constamment au lendemain, elle ne peut se consacrer entièrement à d’autres questions encore plus importantes.

« Tout ce temps qu’on passe à parler de la façon de régulariser ce qui s’est passé de la fermeture à aujourd’hui, on ne le passe pas à se préparer pour la suite des choses. Comment sera le tourisme après la crise ? Comment va-t-on s’y adapter ? On n’a pas le temps d’y penser : on est encore sur la case de départ à se demander sur quel pied danser ! »

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