Dimanche,  22 septembre 2019  0:47

Geneviève Tremblay sur l’état de l’industrie : « on voit un réel retour en agences »


Geneviève Tremblay sur l’état de l’industrie : « on voit un réel retour en agences »
Crédit photo: Marie-Ève Rompré / © PAX Global Media
Marie-Eve Vallières

Marie-Eve est une Montréalaise pour qui le voyage n'a plus de secrets. Ayant vécu à Londres et en France, elle nourrit une soif d'aventure et de découverte depuis maintenant neuf ans. 29 pays plus tard, Marie-Eve continue de bourlinguer à travers le monde.

Opinions tranchées, regard aiguisé, ambition sans bornes : Geneviève Tremblay (vice-présidente exécutive Club Voyages Agathe Leclerc - Orford – Conseil | Sentiers du Monde | Voyages Bellevue) ne chôme pas. La pétillante brunette est tombée tête première dans l’entrepreneuriat à l’aube de ses 20 ans.

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Une décennie plus tard, où en est-elle ?

Regarder vers le futur

« On voit un retour en agences, mais sur un créneau de destinations plus complexes comme des croisières ou des itinéraires en Asie, pour lesquelles les gens ont besoin de plus d’encadrement. Même au sein de l’offre Sud, les horizons s’ouvrent et c’est moins instinctif que de réserver du Mexique ou du Cuba. Quand c’est rendu que le client arrive en agence et demande à aller en Ouzbékistan, on est ailleurs! On ne parle plus de Punta Cana ou Varadero. Et ça va continuer de se particulariser ainsi. L’agent de voyages a sa place maintenant et l’aura toujours, j’en suis convaincue. »

À commencer par les milléniaux.

« Les gens de ma génération se rendent compte que ce n’est pas nécessairement plus cher de traiter avec une agence. Dès qu’ils goûtent au processus d’accompagnement et à la valeur ajoutée à laquelle ils accèdent, ils sont conquis et deviennent nos meilleurs ambassadeurs. D’autant plus que le voyage est pour nous un droit acquis à raison d’un ou deux périples par année. Cela en fait, des ventes, projetées sur les 20, 30 ou 40 prochaines années! »

Ceci étant dit, elle apporte son grain de sel en théorisant que l’industrie sera sujette à d’importantes mutations.

« Assurément que, d’ici une dizaine d’années, les petites agences auront fermé leurs portes ou se seront ralliées à de plus grandes bannières. C’est l’un des changements majeurs qui nous guettent. »

Faisant elle-même partie du réseau de Transat Distribution Canada (TDC), elle prêche bien entendu pour sa paroisse, mais relève tout de même de séduisants avantages pour les petits joueurs dont les ambitions sont trop souvent cloisonnées par le plafond des charges administratives. 

« La consolidation est un avantage, à mon sens, car la structure inhérente à une grande bannière prend en charge le côté administratif qui demande énormément d’énergie aux agents . Une fois qu’ils s’affilient, ils s’en délestent, et peuvent se concentrer sur leurs ventes pour accroître leur chiffre d’affaires. »

Des actions avec une réelle portée

Une chose est certaine pour Geneviève Tremblay : le destin des agences au Québec passera d’abord et avant toute autre chose par une profonde métamorphose de la perception du métier auprès du grand public.

Selon elle, il est primordial que la clientèle abandonne son réflexe du Web et comprenne que le service reçu en agence n’est pas nécessairement plus dispendieux.

« Je prévois en faire la promotion de mon côté auprès de ma clientèle régionale, car si j’attends que l’industrie prenne les devants sur le plan provincial… il se peut que j’attende longtemps! », lance-t-elle en rigolant, un peu jaune.

Du même souffle, elle confie sa déception de voir le projet d’un ordre ou d’une corporation stagner depuis trop longtemps. « Si nous étions capables d’en faire la promotion par les associations (NDLR: AAVQ et ACTA), cela aurait une immense portée. Maintenant, c’est vrai que ce n’est pas évident à mettre en place. Mais une association professionnelle n’a pas besoin d’être compliquée ni de coûter des millions de dollars », se désole-t-elle.

C’est notamment par le moyen d’une certification plus rigoureuse que l’industrie purifierait à la source les gens qui exercent ce métier pour les bonnes raisons (« pas ceux qui s’improvisent conseillers en voyages parce qu’ils sont allés à Cuba deux fois! »).

Car actuellement, rappelons-le, la certification vise essentiellement à protéger le consommateur. L’examen de l’OPC, dans son état actuel, ne porte que sur la législation et ne vise pas à mesurer la compétence des conseillers. Cette mesure ne vise pas réellement à encadrer ou protéger la profession.

« Beaucoup de gens décrient l’état de l’industrie sans pour autant lever le flambeau en posant de gestes concrets. Si l’on se motivait tous à agir vers ce but commun, les choses avanceraient beaucoup plus vite. Pour notre propre bénéfice! »

Personne ne peut prédire l’avenir et il est trop tôt pour dire si la fougueuse Geneviève Tremblay montera aux barricades pour défendre les droits des conseillers en voyages et  préserver la profession. Une chose demeure certaine, par contre : une brillante carrière se trace devant elle et l’industrie n’a encore rien vu!


Ce texte est une adaptation de l'article paru dans PAX Magazine. Abonnez-vous dès maintenant pour le lire en primeur!

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