Y a-t-il trop de conseillers en voyages ?


Y a-t-il trop de conseillers en voyages ?
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

Au 31 mars 2011, 8362 conseillers étaient titulaires d’un certificat. Sept ans plus tard, au 31 mars 2018, l’Office de la protection du consommateur (OPC) avait délivré 12 202 certificats de conseillers en voyages. Et en date du 1er février 2019, on était déjà rendu à 12 662 CCV valides.

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Autrement dit, on compte aujourd’hui 1,5 fois plus de conseillers en voyages qu’à l’entrée en vigueur de la certification ! Si la progression du nombre de CCV délivrés par l’OPC n’est pas fulgurante, elle est à tout le moins constante.

Voyez plutôt :

  • 31 mars 2019 : ND (12 662 certificats au 1er février)
  • 31 mars 2018 : 12 202 certificats
  • 31 mars 2017 : 11 476 certificats
  • 31 mars 2016 : 11 336 certificats
  • 31 mars 2015 : 10 282 certificats
  • 31 mars 2014 : 9323 certificats
  • 31 mars 2013 : 8234 certificats*
  • 31 mars 2012 : 10 232 certificats
  • 31 mars 2011 : 8362 certificats

*La diminution du nombre de certificats délivrés en 2013 semble découler de l’avènement de l’examen de certification qui a été mis en place au cours de l’hiver 2012.

Est-ce trop ?

Mais y a-t-il trop de conseillers de voyages ? L’Office accorde-t-il trop généreusement ses certificats ? Et le fait d’être titulaire d’un certificat est-il une garantie de compétence ?

Ces questions font régulièrement débat au sein de l’industrie. Nous l’avons de nouveau constaté, récemment, lors d’un vox pop portant sur la formation des agents externes. Tous les agents interrogés affirmaient qu’il est trop facile, aujourd’hui, de se dire agent de voyages.

« Je crois depuis longtemps que la réussite d’un véritable examen d’agent de voyages devrait être une condition sine qua non à la pratique du métier. Ça prendrait un examen qui ratisserait beaucoup plus large que les lois, qui vérifierait les compétences pratiques, les connaissances en géographie, en histoire, etc. L’actuel examen de certification de l’OPC donne un accès beaucoup trop facile à la profession », mentionnait notamment Frank Neuman (Club 45).

En entrevue, Manon Martel, directrice régionale de l’ACTA au Québec, soulignait aussi, récemment, les limites de la certification de conseiller en voyages.

« Obtenir un certificat de conseiller en voyages est à la portée d’à peu près n’importe qui. Mais obtenir le CCV ne signifie pas qu’on s’implique ensuite véritablement dans l’industrie. Certains ne vendront que deux trois voyages à des membres de leur entourage. La réussite du CCV ne garantit pas non plus qu’on agira en professionnel. Au contraire, certains vendeux de voyages terniront l’image de la profession ! »

Manon Martel rappelait que l’ACTA met de l’avant ses propres certifications : CTC (Certified Travel Counsellor) et CTM (Certified Travel Manager). L’Association considère que ces certifications garantissent véritablement la compétence et le professionnalisme des conseillers et des directeurs d’agences qui les obtiennent.  

L’objectif de l’OPC

Il convient toutefois de souligner que l’objectif de l’OPC n’était PAS de garantir le professionnalisme des conseillers en voyages lorsqu’il a implanté la certification en 2010. L’Office ne visait pas non plus à « écrémer l’industrie pour n’en garder que les meilleurs éléments », comme plusieurs l’ont pensé ou souhaité.

« L’objectif du gouvernement était de s’assurer que les conseillers en voyages connaissent la réglementation spécifique au domaine du voyage ainsi que les mécanismes de protection des voyageurs encadrés par l’Office », explique Charles Tanguay, responsable des partenariats stratégiques et des relations avec les médias pour l’OPC. « Cet objectif est atteint », précise-t-il.


Le nombre de permis d’agents

Tandis que le nombre de titulaires de certificat de conseiller en voyages ne cesse d’augmenter, qu’en est-il du nombre de permis d’agents de voyages délivrés par l’OPC ?

Depuis 2012, ce nombre semble vouloir se stabiliser plus ou moins autour de 800. Ainsi, en date du 1er février 2019, 791 permis d'agents de voyages étaient actifs.

  • 31 mars 2019 : ND (791 permis au 1er février)
  • 31 mars 2018 : 789 permis (et 221 permis de succursale)
  • 31 mars 2017 : 804 permis (et 241 permis de succursale)
  • 31 mars 2016 : 786 permis (et 240 permis de succursale)
  • 31 mars 2015 : 814 permis (et 232 permis de succursale)
  • 31 mars 2014 : 815 permis (et 239 permis de succursale)
  • 31 mars 2013 : 827 permis (et 253 permis de succursale)
  • 31 mars 2012 : 816 permis (et 246 permis de succursale)
  • 31 mars 2011 : 855 permis d’agents, soit 403 titulaires du permis général, 398 détaillants et 54 voyagistes (et 231 permis de succursale)
  • 31 mars 2010 : 886 permis d’agents, soit 802 détaillants, 94 voyagistes (et 216 permis de succursale)

Et les ventes ?

Alors que le nombre de conseillers certifiés augmente et tandis que le nombre de permis d’agence est plutôt stable, comment les ventes de services touristiques applicables au FICAV évoluent-elles ?

Il appert qu’elles sont en constante augmentation depuis 2005, n’ayant diminué que dans la foulée de la crise financière de 2007-2009.

Globalement, les ventes de services touristiques par les agences québécoises sont ainsi progressivement passées d’environ 3,3 G$ en 2009-2010 à 4,5 G$ en 2018.


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