Jeudi,  12 décembre 2019  20:05

VOX POP : les tarifs « famille et amis » des voyagistes


VOX POP : les tarifs « famille et amis » des voyagistes
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

L’offre de tarifs « famille et amis » par les voyagistes représente-t-elle une forme de concurrence déloyale pour les agents de voyages ? Voilà une question qui déchaîne de vives réactions chaque fois qu’elle revient dans l’actualité. PAX l’a posée à quelques conseillers.

Josée Bellemare (Voyages Hélène Gilbert, Shawinigan)

C’est déloyal, totalement ! Accorder des privilèges aux employés et à leur famille, je veux bien. Mais étendre ça à tout le monde, c’est manquer de respect pour le réseau de distribution.

En plus, je pense que les voyagistes qui abusent des tarifs familles et amis se tirent dans le pied. De plus en plus de gens vont vouloir réserver directement auprès d’eux pour profiter de ces bons prix. Mais si vendre en direct, c’est facile quand tout se passe bien, les voyagistes vont trouver ça moins drôle dans les cas de maladie, de retard, d’accident, de problème de facturation, de réclamation, etc.

Comme conseiller, on travaille parfois pendant des heures et des heures quand notre client a un problème. C’est correct : ça fait partie de notre travail. Mais les voyagistes ont-ils le personnel pour traiter ces cas ? Et ont-ils vraiment envie de gérer, sans intermédiaire, la colère de ces clients ?

Je pense qu’on a notre place dans l’industrie. Les voyagistes ont encore besoin de nous. S’ils veulent qu’on continue à collaborer avec eux, il va falloir que tout ça cesse ! À un moment donné, il faudra que les agents arrêtent d’avoir peur, qu’ils mettent leur pied à terre et disent « c’est assez » !

Benoit Beauchamp (Club Voyages Solerama, Saint-Eustache)

J’avais un client qui faisait du kite surf et qui visitait fréquemment une page Facebook populaire auprès des adeptes de ce sport. Le code d’un voyagiste pour obtenir des tarifs « famille et amis » y était facilement accessible, à n’importe qui !

C’est abusif ! On ne parle plus de la famille et des amis d’un employé. On parle de gens qu’il n’a peut-être jamais rencontrés. On parle des amis de l’ami d’un ami…

Cela dit, contrairement à plusieurs de mes collègues agents de voyage, je dois avouer que, personnellement, ça ne m’est pas arrivé souvent de perdre des clients à cause de ça.

Je n’en pense pas moins que c’est une pratique qui devrait être beaucoup mieux encadrée par les voyagistes. Par exemple : peut-être que les voyagistes devraient restreindre le nombre de fois par année où un employé peut faire profiter son entourage de tarifs spéciaux ?

Louise Chrétien (Voyage Essence-Ciel, Blainville)

C’est sûr que ça vient nous chercher : on fait tout le travail de recherche, on donne toutes les bonnes références concernant les hôtels, les choses à faire et à voir, puis le client nous annonce que, finalement, il a pu profiter d’un rabais par l’ami de l’ami du frère de l’autre. Jusqu’où ça va aller ?!

On dirait que ça arrive plus souvent ces derniers temps. Je ne sais pas si c’est par hasard ou si c’est parce que les codes circulent plus librement. Mais c’est frustrant, car même en vendant au prix net, on ne pourrait pas accoter les prix accordés à ces clients.

À mon avis, une piste de solution serait que les voyagistes limitent cette pratique aux employés et à leur famille immédiate. Et que tout ça soit strictement vérifié. À l’heure actuelle, on a parfois l’impression qu’aucune vérification n’est faite !

Carl Patry (Voyages Carpe Diem, Saguenay)

C’est une forme de concurrence déloyale, absolument ! Ça arrive presque toutes les semaines ! On a même entendu parler de cas où des clients se sont fait offrir de tels prix par du personnel de bord dans l’avion !

Le problème c’est que, puisque tous les principaux voyagistes s’adonnent à cette pratique – plus ou moins agressivement selon le cas –, on n’a pas vraiment d’options de rechange. On est à leur merci. Mais ça provoque un ras-le-bol !

Je ne nie pas aux voyagistes le droit de vendre en direct. Je dis juste qu’ils ne devraient pas chercher à s’approprier, par-derrière, la clientèle que nous mettons des années à développer.

Si la solution à ce problème ne vient pas des voyagistes eux-mêmes, il faudra que l’industrie se mobilise pour faire pression sur les entreprises concernées. La solidarité donnerait un grand pouvoir aux agences. Il ne s’agit pas de partir en guerre… Juste de se faire respecter !

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