Mercredi,  18 septembre 2019  21:01

VOX POP : la honte de prendre l’avion


VOX POP : la honte de prendre l’avion
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

Les Suédois utilisent le mot «flygskam» pour désigner la honte de prendre l’avion. Apparemment, de plus en plus de gens éprouvent ce sentiment en raison de la contribution du transport aérien aux émissions de gaz à effet de serre (GES). 

Évidemment, personne dans l’industrie du voyage ne préconise un boycottage du transport aérien. 

Mais devrait-on s’inquiéter de l’effet éventuel du flygskam sur la clientèle ? PAX a posé la question à quelques membres de l’industrie.

Sophie Laliberté (Voyages SolSya, Terrebonne)

Il ne faut pas avoir honte de prendre l’avion et, en aucun cas, il ne faut culpabiliser les gens. Cependant, je crois qu’on peut sensibiliser les clients à l’importance de voyager de façon responsable. Je crois même qu’on doit le faire si on veut continuer à voyager et que nos enfants voyagent aussi !

Par exemple, plutôt que de faire plusieurs courts séjours et de multiplier les déplacements en avion, on peut suggérer aux clients de faire moins de séjours, mais des séjours plus longs. Quand c’est possible, on peut aussi privilégier les hôtels écoresponsables. En tant qu’agence écoresponsable, c’est le genre de choses que nous préconisons.

Nous avons aussi pris la décision de participer à la compensation des GES. Un montant est systématiquement inclus dans la facture de tous les clients pour être remis à Arbre et évolution. En retour, cet organisme basé à Québec plante des arbres, ce qui a pour effet de contrer les GES.

Une seule fois, il est arrivé qu’un client proteste : il a refusé de compenser les GES pour son voyage avec sa famille au Pérou. Puisque notre but n’est pas de forcer qui que ce soit, nous avons simplement déduit le montant de sa facture. Et nous allons le payer à sa place !


Ariane Arpin-Delorme (Esprit d’aventure, Montréal)

Sans avoir honte de prendre l’avion, il faut quand même être conscient des effets négatifs du transport aérien sur l’environnement. Je suis sûre qu’une bonne partie de mes clients sont déjà un peu sensibilisés à cela. Toutefois, ce n’est vraiment pas quelque chose dont ils me parlent.

Peut-être est-ce parce qu’ils estiment que les aspects positifs de nos voyages contrebalancent les effets négatifs du transport aérien sur l’environnement ? Nous tâchons en effet d’être responsables à destination et nous soutenons plusieurs projets locaux : des coopératives de femmes, des projets de conservation de la faune, etc.

Nous avons aussi commencé à travailler avec PlanetAir, un organisme qui permet l’achat de crédit de carbone pour compenser les émissions de GES. Par contre, plusieurs clients préfèrent s’abstenir quand nous leur proposons. Peut-être qu’on ne pousse pas assez…

De fait, nous songeons à inclure la compensation dans le prix de nos forfaits, mais seulement pour la portion terrestre. Pour la portion aérienne, nous ne l’envisageons pas, car les gens sont vraiment obsédés par l’idée de trouver les tarifs aériens le plus bas possible !


Solene Lévesque (Aro Voyages, Repentigny)

Même si de plus en plus de citoyens sont préoccupés par la trace qu’ils laissent au point de vue environnemental, ils ne représentent encore qu’une minorité de clients. Et même les voyageurs responsables ne souhaitent pas éliminer leurs déplacements en avion. Ils se demandent plutôt comment réduire l’empreinte de leurs voyages sur l’environnement.

L’achat de crédit de carbone pour compenser les GES est une des options possibles. Mais encore faut-il les acheter auprès d’une bonne organisation, dont l’impact est vraiment positif. En ce qui concerne notre agence, actuellement, nous ne le suggérons pas à nos clients.

En tant qu’organisme de solidarité internationale, notre agence appuie toutefois des projets de développement durable dans des pays en voie de développement. Nous travaillons déjà au niveau de l’agriculture et de la reforestation : on plante des arbres !

Faut-il en faire plus ? Faire autrement ? Devrait-on essayer d’encourager les installations d’énergie solaire par exemple? Nous réfléchissons à la façon d’obtenir le meilleur impact. C’est une réflexion d’actualité à laquelle on ne peut échapper : quand il s’agit de la santé de notre Terre, on est tous concernés !


Martin Corbin (Voyages Humania, Québec)

Le souci de préserver l’environnement est assez répandu chez les millénariaux et chez les membres de la génération Z. Beaucoup plus que chez les baby-boomers, qui constituent l’essentiel de la clientèle de nos groupes. Mais cela n’empêche pas le respect de l’environnement d’être le principe fondateurs de notre agence.

À nos yeux, l’industrie du voyage contribue significativement aux changements climatiques et ceux-ci représentent une menace réelle et grave pour l’humanité. C’est une réalité difficile à accepter quand on aime le voyage, mais notre agence a décidé de faire partie de la solution en assurant la carboneutralité à 100 % de tous ses voyages.

Nous sommes donc partenaires des organismes PlanetAir (qui investit dans des infrastructures qui réduisent à la source les GES) et Arbre-Évolution (qui procède à la plantation d’arbres). Le prix de nos voyages inclut systématiquement un montant compensatoire pour les GES produits sur l’ensemble des déplacements aériens et sur les portions terrestres. Nous compensons aussi les GES de nos guides accompagnateurs lors de leurs déplacements aériens et terrestres.

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