VOX POP : acceptez-vous de vendre les low cost ?


VOX POP : acceptez-vous de vendre les low cost ?
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

La cote d’amour des transporteurs low cost n’est pas très élevée chez les conseillers en voyages. Par contre, les clients sont parfois attirés comme des aimants par leurs bas prix. Lorsqu’un client vous le demande, acceptez-vous de lui vendre les vols de transporteurs à bas prix, malgré la situation précaire de certains d'entre eux, et même s’ils ne commissionnent pas les agents de voyages ? PAX a posé la question à quelques conseillers.

Sandra Maheu (Expedia Centre de Croisières, Brossard)

Je ne les vends pas. De toute façon, l’entreprise avec laquelle je travaille ne veut pas associer son nom aux low cost. Donc, aucun de ces transporteurs ne figure parmi ceux qui nous sont recommandés.

Si un client me demande spécifiquement un low cost, je vais le rediriger. Je vais le prévenir que s’il réserve directement auprès de la compagnie, il ne sera pas protégé par l’OPC. Récemment, des clients m’ont demandé de voler avec Allegiant, une compagnie que nous ne vendons pas. Je leur ai dit : « si vous voulez faire affaire avec eux, c’est votre affaire. »

Je ne me porterai jamais garante d’une compagnie en laquelle je n’ai pas confiance. J’ai déjà perdu des ventes appliquant ce principe. Et ça ne me dérange pas. Je préfère perdre une vente plutôt que de vendre une compagnie qui se trouve potentiellement dans une position précaire.

Joanne Chenel (Club Voyages Élysée & La Marieuse du Sud, Québec)

Nous ne le faisons pas. D’ailleurs, nous n’avons jamais vendu WOW Air. Et nous n’avons pas l’intention de vendre Jetlines non plus, même si cette compagnie prévoit de desservir Québec.

J’ai été très choquée, en février dernier, quand une porte-parole a clamé haut et fort à la télévision que Jetlines ne commissionnait pas les agences de voyages pour offrir de meilleurs prix. La dame peut être sûre que même si un client me le demandait avec insistance, je ne vendrais pas son produit. Pas même en facturant des frais de service !

Depuis 35 ans que je travaille dans l’industrie, j’en ai vu passer des compagnies aériennes. Ça rend méfiant. En plus, pour ce qui est des low cost, on n’a juste pas la population suffisante au Canada pour que ça marche. Même en Europe où la population est beaucoup plus dense, plusieurs low cost en arrachent – y compris Ryanair, l’un des plus gros !

Quand un client me demande un low cost, je lui dis simplement que je ne veux pas lui vendre un produit que je ne juge pas fiable. Habituellement, il comprend qu’il a intérêt à payer un peu plus pour un produit fiable.

Vanessa Gravel (Voyages Inter-Pays, Québec)

La consigne à notre agence est de ne pas vendre les low cost. Si un client demande de voler avec l’un de ces transporteurs, on le prévient du risque de faire affaire avec une telle compagnie et on l’invite à faire la réservation lui-même sur internet.

Quand on n’est pas sûr qu’un produit ou un service est convenable pour nos clients, c’est mieux de s’abstenir.

Dans le cas où, malgré nos mises en garde, un de nos clients n’en démordrait pas et qu’il insisterait pour que nous lui réservions un low cost, je présume que, peut-être, nous pourrions accepter de le faire… Mais dans un tel cas, je pense qu’il faudrait absolument inscrire une remarque sur la facture spécifiant que la décision du client est contraire à l’avis que nous lui avons donné, pour nous protéger en cas de problème.

Hélène Gilbert (Voyages Hélène Gilbert, Shawinigan)

Je n’accepte pas de travailler avec ces compagnies. De toute façon, elles ne veulent pas travailler avec nous non plus. Il faut que je me nourrisse et que je nourrisse mes employés. Et je ne veux pas exiger des frais de dossier sur ces produits-là. Alors, c’est non !

Ça arrive que des clients me demandent de voler avec une compagnie low cost. J’explique que je ne touche pas à ça. Je les invite à réserver eux-mêmes en ligne s’ils y tiennent, tout en précisant qu’ils ne bénéficieront pas de la protection du FICAV. Je ne veux pas être garante de ces achats-là !

Et si le client décide d’aller réserver sur internet, et si ensuite survient un problème, je ne me sentirai pas coupable. Je l’aurai prévenu !

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