Regroupement d’Air Canada et de Transat : ce que l'industrie en pense


Regroupement d’Air Canada et de Transat : ce que l'industrie en pense
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

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L’entente annoncée hier par Air Canada et Transat A.T. ne met pas complètement fin au suspense entourant l’avenir de Transat. Bien des choses pourraient encore se passer : le Groupe Mach n’a peut-être pas dit son dernier mot; les actionnaires de Transat ou des instances réglementaires pourraient s’opposer…

Entre-temps, l’entente suscite de nombreuses réactions dans l’industrie. PAX en a recueilli quelques-unes.

Moscou Côté (président de Voyages Constellation, président de l’AAVQ)

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« En général, les agences préfèrent avoir plus de fournisseurs. C’est parce que plus les fournisseurs sont nombreux à se faire compétition, plus les agences peuvent espérer de bonnes conditions commerciales.

Cela dit, il faut reconnaître qu’Air Canada et Vacances Air Canada se sont montrées plutôt pro-agences ces dernières années. Entre autres, Air Canada a réintroduit les commissions sur plusieurs vols. Cela en fait sans doute un partenaire préférable à un groupe sans lien avec les agences de voyages.

Personnellement, je ne prévois pas que Transport Canada ou le Bureau de la concurrence s’opposeront à la transaction. Les considérations de Transport Canada seront surtout sécuritaires. Or, Air Canada et Air Transat ont un excellent historique à ce chapitre.

Pour sa part, le Bureau de la concurrence voudra déterminer si la transaction pourrait nuire aux consommateurs. À mon avis, les tarifs aériens pourraient effectivement augmenter sur l’Europe, mais très légèrement. Quant aux destinations soleil, AC et TS ne devraient pas y réduire leur offre, car si elles le faisaient, un concurrent en profiterait aussitôt. En revanche, leur pouvoir d’achat consolidé pourrait leur permettre de négocier des prix plus avantageux pour les consommateurs ».

« Reste à voir si Air Canada voudra maintenir les activités hôtelières de Transat. Si Air Canada décide de s’en départir, peut-être que Mach voudra les reprendre, qui sait ? »

André Desmarais (propriétaire de l'agence Aéroport Voyage, président du conseil régional de l’ACTA au Québec)

« Si la transaction se concrétise, je crois que ça entraînera nécessairement une certaine rationalisation des opérations et des dépenses. En même temps, ça pourrait aussi se traduire par de plus de vols directs et de plus de correspondances, vers plus de destinations.

Je ne m’inquiète pas trop pour la concurrence. Il en restera : Onex vient d’acheter WestJet et a l’intention de faire croître son bébé, et Sunwing demeurera un compétiteur agressif.

Les agents de voyages entrevoient peut-être les changements à venir avec une certaine appréhension, mais personnellement, je ne doute pas qu’ils finiront par s’adapter au nouvel environnement. Nous en avons vu d’autres ! »

Joane Tétreault (PDG de Skylink, présidente de l’ATOQ)


« Si l’intention d’Air Canada est de préserver Transat dans l’état où elle est actuellement, le regroupement des deux sociétés est une excellente nouvelle ! Lorsqu’on lit le communiqué, tout semble positif...

« Mais peut-on être sûr de ce qui se passera vraiment ? Qu’arrivera-t-il quand viendra le moment de rationaliser les routes ? Le poids d’AC et de TS sur le marché leur permettra-t-il de pousser les prix à la hausse ? La question se pose… »

En fait, plusieurs questions se posent… Et on est encore très loin de connaître les réponses.

Malgré tout, je crois que Transat, dont la culture organisationnelle est plutôt orientée tours-opérateur, pourrait beaucoup profiter de l’expérience de transporteur aérien d’Air Canada. La gestion des inventaires, le yield management, c’est une science ! Mach ne pourrait apporter cette expertise à Transat. Par ailleurs, Air Canada accueillera avec plaisir la flotte d’Airbus d’Air Transat en son sein. »

Claude St-Pierre (président de Tours Chanteclerc)

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« Le regroupement d’Air Canada et de Transat en fera un concurrent plus gros, une grosse machine qu’il nous faudra surveiller attentivement. On ne sait pas encore quelle forme prendra exactement la nouvelle entité, mais nous devrons nous adapter, voire nous réinventer s’il le faut.

« Ce serait surprenant que le Bureau de la concurrence s’oppose à la transaction ».

Au niveau de l’aérien, ce n’est quand même pas comme si Air Canada voulait se fusionner avec WestJet ! Et au niveau touristique, d’autres alternatives demeureront sur le marché. De toute façon, je ne pense pas qu’Air Canada se serait lancée dans cette aventure si elle pensait que le Bureau de la concurrence pourrait lui mettre des bâtons dans les roues !

Quant aux actionnaires de Transat, je présume qu’on leur fera valoir que les affinités avec le groupe qui offrait 13 $ par action sont supérieures à celles du groupe qui offrait 14 $. Plutôt que de focusser sur le dollar de différence, on les invitera à considérer le portrait d’ensemble de la situation, à long terme…

Enfin, on peut bien spéculer, mais ne saura probablement pas à quoi s’en tenir avant plusieurs mois ! »

Laurent Plourde (président de Groupe Voyages Québec, président du conseil de l’ARF-Québec)

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« Air Transat et Air Canada sont deux excellentes compagnies. Au niveau de l’aérien, nous travaillons avec l’une et l’autre, et toutes deux sont d’excellents partenaires.

Du point de vue des services aériens, la transaction nous paraît positive pour le voyageur québécois, car il pourrait y gagner plus d’opportunités de voyages – notamment les gens des régions qui pourraient obtenir grâce à Air Canada un meilleur accès aux routes européennes de Transat.

Je ne redoute pas trop que les prix augmentent sur l’Europe, entre autres à cause de la compétition que continueront de livrer les compagnies européennes. »

« Globalement, je crois aussi que la consolidation de deux grands voyagistes pourrait être une chose positive pour le rayonnement du Québec dans le monde. »

Carolyne Doyon (vice-présidente principale Canada & Mexique pour Club Med)


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« Air Transat et Air Canada sont deux partenaires importants avec lesquels nous travaillons depuis de nombreuses années. Nous sommes ravis d'apprendre que les activités d’Air Transat resteront au Québec. Club Med sera heureux de continuer à collaborer avec cette nouvelle entité. Nous sommes aussi curieux de voir l'impact que cette nouvelle synergie aura sur nos clients respectifs. »

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