La plus grave menace pour les conseillers, selon Moscou Côté


La plus grave menace pour les conseillers, selon Moscou Côté
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

Quelles sont les plus graves menaces qui planent actuellement sur l’avenir des agents de voyages? Quels sont les plus grands écueils sur le chemin du succès de la profession ? PAX a posé la question à quelques acteurs de l’industrie.

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Aujourd’hui, la réponse de Moscou Côté, président de Voyages Constellation et président de l’Association des agents de voyages du Québec (AAVQ).

Trop d’agents externes

« À mon avis, deux grandes menaces planent sur l’industrie. Pour ce qui est de la première, je partage le point de vue d’Isabelle St-Amand exprimé hier dans PAX : il y a trop d’agents externes dont la compétence laisse à désirer.

Ce n’est pas étonnant quand on songe que des cours d’agent externe sont offerts au rabais sur des sites comme Tuango ! Je comprends que ça peut avoir l’air le fun de vendre des voyages, mais là, il y a un malaise.

Le côté sombre de la carte de l’OPC

À mon avis, la carte que délivre l’OPC aux conseillers certifiés contribue au problème.

Je m’explique : autrefois, pour prouver sa compétence, un agent devait démontrer au client qu’il savait de quoi il parle. Aujourd’hui, la coiffeuse qui agit comme conseillère à temps perdu peut se contenter de brandir une carte attestant de sa certification, avec le logo de l’OPC et le drapeau du Québec dessus !

Avec ses allures officielles, cette carte fait forte impression sur les clients. Mais la carte n’a pas la même portée que celle certifiant que l’avocat a fait son Barreau, ou celle attestant qu’un médecin est membre du Collège des médecins. Rien à voir non plus avec les cartes de compétence des notaires, des ingénieurs, des plombiers, des électriciens, etc.

La carte de conseiller certifié signifie simplement que le détenteur a une connaissance générale du cadre légal de son industrie. Oui, c’est important de savoir que l’argent doit être déposé dans un compte en fidéicommis et ce genre de choses... Mais ce n’est pas ça qui fait un bon conseiller en voyages !

Abolir la certification ?

Actuellement, la carte donne une crédibilité exagérée à ceux qui la détiennent. On pourrait même dire que, dans sa forme actuelle, la certification donne un faux sentiment de sécurité aux voyageurs. C’est à se demander si on ne devrait simplement pas l’abolir !

Sinon, il faudrait au moins raffermir les critères d’obtention du document : un examen plus sévère réduirait le nombre de conseillers mal formés.

D’ailleurs, quand le processus de certification a été lancé, on avait cru comprendre que l’étendue des connaissances évaluées par l’examen de l’OPC augmenterait au fil des années. Mais ce n’est pas arrivé. Et rien ne laisse croire actuellement que ça va arriver.

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Une autre option serait de s’en remettre à un processus de certification externe, qui s’ajouterait à la certification actuelle de l’OPC. Le défi serait alors de trouver un processus neutre, qui fasse consensus dans l’industrie.

Quoi qu’il en soit, il faut arrêter de rêver à la création d’un ordre professionnel pour les agents de voyages. Dans le cadre légal actuel, ce n’est simplement pas une option réaliste.

À bas les fausses taxes !

L’autre enjeu majeur qui retient mon attention est celui des fausses taxes imposées par certains grossistes pour réduire la portion commissionnable du prix des forfaits. Je ne suis pas juge, mais ça me paraît carrément frauduleux.

À tout le moins, c’est parfaitement illogique : pour un même produit, les taxes ne devraient pas varier d’un vendeur à un autre. Comment justifier que deux t.-o. proposant le même hôtel et volant avec le même transporteur n’imposent pas la même proportion de taxe ?

Je comprends que les temps sont durs pour les tour-opérateurs. Leur métier a connu plusieurs grands bouleversements au fil des dernières décennies. Mais la solution n’est pas d’augmenter encore et encore les fausses taxes sur les forfaits dans le sud. Il faut que ça cesse ! Encore cette année, les « taxes » ont augmenté en moyenne de 25-30 $ au détriment des détaillants.

Si les t.-o. intégraient simplement le montant des fausses taxes au prix de base commissionnable, la petite différence de prix qui en résulterait – on parle peut-être d’environ 15 $ par forfait en moyenne – n’empêcherait aucunement les consommateurs de voyager. Par contre, ça ferait une grosse différence pour le détaillant qui vend des milliers de ces forfaits par année !

En attendant, le problème alimente d’autres problèmes. Par exemple : on parle beaucoup des difficultés d’attirer la relève dans l’industrie. C’est effectivement difficile. Toutefois, aucune industrie qui fait de l’argent n’a de problème de relève ! Si on pouvait payer les conseillers 40 $ de l’heure, il n’y en aurait pas de pénurie ! »

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