Comment engager les touristes à adopter des pratiques durables


Comment engager les touristes à adopter des pratiques durables

L’intérêt pour le tourisme durable est grandissant. Communiquer un message positif à vos clients en leur décrivant l’impact de leurs actions les incitera à adopter des pratiques respectueuses de l’environnement et des communautés locales.

La demande pour le tourisme durable à la hausse

La protection de l’environnement gagne de plus en plus de tribunes, ce qui contribue certainement à conscientiser les gens. Ceux-ci sont prêts à changer leur façon de consommer au quotidien en favorisant l’achat de produits responsables. En voyage, plusieurs souhaitent conserver leurs bonnes habitudes, particulièrement les millénariaux qui sont davantage attirés par le tourisme alternatif et des destinations engagées. Tel que le mentionne un groupe de chercheurs (Budeanu, Chesworth, Su et Swanson) dans la revue scientifique Annals of Tourism Research, la demande pour le tourisme durable est à la hausse depuis les dernières années.

Les entreprises touristiques ont donc tout intérêt à fournir des outils à leurs clients afin qu’ils puissent prendre les mesures nécessaires pour avoir un réel impact positif sur l’environnement et les communautés locales.  

Un système de points comme incitatif au changement

Les Martin’s Hotels, situés en Europe, misent sur l’engagement volontaire à l’aide d’un système de points appelé les Eco-Bons. Cinq actions sont proposées afin de les cumuler :

  • Demander un nettoyage sommaire de sa chambre ;
  • Garder ses serviettes de bain ;
  • Adopter de « bonnes pratiques » telles que réduire sa consommation d’énergie ;
  • Choisir des plats et boissons « Ecoetbon » dans les restaurants et les bars;
  • Organiser son transport de manière responsable.

La réutilisation de sa serviette de douche donne 10 points, alors que le nettoyage sommaire de sa chambre équivaut à 20 points. Le cumulatif se fait à chaque visite et peut être converti en chèques-cadeaux.


Le nudge marketing, de la sensibilisation à l'action

Le nudge marketing vise à influencer le consommateur et à le pousser à l’action par le biais d’incitations douces. Le nudge n’utilise pas un programme de récompenses, mais donne plutôt un choix.


En développement durable, on emploie l’appellation nudge vert dans le but d’inciter les gens à poser des actions responsables. Le nudge vert consiste à jouer sur le regard des autres à l’aide de leviers décisionnels psychosociologiques tels que les normes sociales. Par exemple, dans un hôtel, un message stipulant que 75 % des clients de cette chambre avaient réutilisé leur serviette a eu pour effet de diminuer l’utilisation de serviettes de près de 40 %. Cette méthode peut aussi s’appliquer à la gestion des flux touristiques. Le message « Ne perdez pas 30 minutes à faire la queue sur place, 70 % de nos visiteurs achètent leurs billets coupe-file en ligne. » pourrait s’avérer efficace.

L'information pour susciter l'action

Tel que le nudge l’a démontré, diffuser de l’information pertinente peut susciter des actions positives pour l’environnement. C’est la raison pour laquelle le Parc national de la Vanoise, en France, a créé 17 objets ludiques, par exemple un dessin d’ours sur lequel il est indiqué que la réduction de la température de la chambre d’un degré, la nuit, permet de diminuer de 7 % la consommation énergétique.

L’éducation par le transfert de connaissances est aussi au cœur de la stratégie adoptée par l’Islande, avec The Icelandic Pledge. Il s’agit d’un serment au ton humoristique qui se décline sous huit principes essentiels. Les voyageurs sont invités à le signer en ligne et, ainsi, à s’engager à respecter l’environnement lors de leur séjour sur l’île. Selon la ministre du Tourisme, Pordis Kolbrun R. Gylfadottir, « les personnes qui viennent en Islande veulent être des touristes responsables, c’est juste qu’ils ne savent pas toujours ce que cela implique ». Aux États-Unis, le Yellowstone Pledge émane du même concept. Il suggère aux visiteurs de se comporter de manière à protéger les richesses naturelles du parc national de Yellowstone.

En 2016, l’Islande a aussi lancé une vidéo en ligne intitulée Iceland Academy, dans laquelle elle fait des recommandations sous forme de cours afin de mieux sensibiliser les vacanciers.


L’implication dans son milieu

Exposer ses clients au tourisme durable n’est pas suffisant, selon Lucy Flemming, copropriétaire du Chaa Creek Resort, au Belize. Les impliquer dans le processus est fondamental.

Diverses entreprises et organisations proposent aux gens de faire des dons qui sont redistribués dans des projets locaux. Le Taj InnerCircle, en Inde, crée un système de points qui, une fois accumulés, sont convertibles en dons d’argent permettant de soutenir une ONG de son choix. Parmi les ONG, on trouve le Women’s India Trust, qui participe à l’autonomisation de femmes qualifiées et défavorisées en les faisant travailler au sein de cette chaîne hôtelière ou en leur offrant des formations.  

À L’Isle-sur-la-Sorgue, en France, il existe un réseau de partenariats d’entreprises positives qui font une économie basée sur l’altruisme. Joël Gayet, fondateur de la Chaire Attractivité et Nouveau Marketing Territorial de l’Institut de Management Public et Gouvernance Territoriale (Aix-Marseille Université), explique bien ce nouveau concept. L’idée est simple. Un montant minime, tel que trois euros sur une facture de 540 euros, est prélevé afin de financer des initiatives locales. Encore une fois, la personne décide dans quel projet sera investi son argent et peut, si elle le désire, recevoir des nouvelles de son avancement. Il en résulte un engagement fort entre la marque et le client. L’altruisme crée ainsi de la valeur et devient un avantage concurrentiel.

Jeremy Smith, un consultant en tourisme durable au Royaume-Uni, mentionne aussi la pertinence d’établir des partenariats locaux avec des boutiques, restaurants et commerces optant pour des démarches durables, en plus de favoriser des modes de transport ayant un faible taux d’émissions de carbone.

Source : Fanny Beaulieu Cormier, Réseau de veille en tourisme, Chaire de tourisme Transat

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