Jeudi,  12 décembre 2019  18:31

Cuba : le ministre du Tourisme fait le point à Montréal


Cuba : le ministre du Tourisme fait le point à Montréal
Le ministre du Tourisme de Cuba, Manuel Marrero Cruz, avec Carmen Casal Sánchez, directrice pour la section tourisme du Consulat général de Cuba à Montréal.
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

De passage à Montréal, le ministre du Tourisme de Cuba Manuel Marrero Cruz, a présenté, hier, un portrait de la situation du tourisme à Cuba à l’aube de la saison 2019-2020.

Devant une soixantaine de partenaires de l’industrie (hôteliers, t.-o., agents, transporteurs aériens, ITHQ…), le ministre a ainsi parlé de tout ce qui va bien à Cuba, vantant les diverses nouveautés touristiques. Mais il a aussi parlé ouvertement de ce qui va moins bien…

L’effet Trump…

Par exemple : alors que Cuba a accueilli 4 732 000 visiteurs en 2018, le pays aspirait à franchir le cap du 5 millions au terme de 2019. Il n’y parviendra pas. Et c’est à cause de mesures du gouvernement des États-Unis que Cuba n’atteindra pas ses objectifs, a expliqué le ministre.

En effet, après avoir permis une certaine ouverture au tourisme à Cuba sous l’administration Obama (pour les visites à caractère éducatif, culturel ou religieux), le gouvernement américain actuel de Donald Trump a de nouveau restreint le tourisme. Entre autres, les populaires escales de navires de croisières américains à Cuba ont été interdites du jour au lendemain, tandis que les autres visites éducatives ont été rendues beaucoup plus difficiles.

« Nous sommes le seul pays dans le monde où les Américains ne peuvent pas voyager en tant que touristes. Ils peuvent aller en Syrie, en Corée du Nord… Leur gouvernement leur recommande de ne pas le faire, mais il ne leur interdit pas. Par contre, faire du tourisme à Cuba est interdit par une loi… Et c’est censé être le pays de la démocratie ! »

Par ailleurs, alors que plusieurs marchandises nécessaires pour Cuba sont disponibles à seulement quelques dizaines de kilomètres de ses côtes, Cuba doit encore se tourner vers l’Europe et l’Asie pour s’approvisionner, ce qui augmente considérablement les frais. Cuba ne peut même pas se tourner vers des pays comme le Mexique, car la plupart des entreprises y sont des filiales d’entreprises américaines qui ne peuvent pas transiger avec l’île, a souligné Manuel Marrero.

La pénurie de carburant

Toujours dans le but de couper des fonds au régime communiste, l’administration Trump a en outre resserré l’embargo commercial américain en appliquant des éléments d’une loi (Helms-Burton) qui étaient suspendus depuis 1996.

On ne se perdra pas dans les détails du blocus américain contre Cuba, mais il faut savoir que c’est celui-ci qui est à l’origine des problèmes d’approvisionnement en carburant à Cuba. Par crainte de représailles, des navires qui devaient transporter du pétrole vénézuélien à Cuba ne l’ont pas fait. Avec les résultats que l’on sait…

Mais ça, c’était en septembre, a insisté Manuel Marrero. Depuis, les livraisons ont repris et la situation revient rapidement à la normale.

L’heure juste

À ce propos, le ministre du Tourisme a tenu à préciser que la situation énergétique à Cuba n’était pas telle qu’on l’a décrite, de façon souvent exagérée, dans plusieurs médias. Manuel Marrero a profité de l’occasion pour présenter « la vérité » et de remettre les choses en contexte.

« La situation économique actuelle à Cuba n’a rien à voir avec celle qui prévalait dans les années 1990 lorsque l’aide de l’Union soviétique à Cuba s’est tarie », a souligné le ministre.

Depuis cette époque, en plus de compter sur une forte industrie touristique, le pays a diversifié son économie et développé une expertise pour faire face aux situations complexes, a-t-il précisé.

De fait, selon Manuel Marrero, les mesures annoncées par le président cubain, Miguel Díaz-Canel, ont permis que jamais la population cubaine ne soit pas privée d’électricité, et ce, même si c’est le carburant qui génère une grande partie de l’électricité à Cuba.

Qui plus est, le carburant pour les compagnies aériennes n’a pas manqué non plus, et tous les aéroports ont fonctionné normalement, de même que tous les établissements touristiques, a ajouté le ministre.

Toujours selon Manuel Marrero, le ravitaillement des hôtels et le transport de leurs employés n’ont jamais été interrompus, même si certains hôtels ont effectivement pu permettre à certains travailleurs d’y passer la nuit. Alors qu’ils sont moins nombreux durant la basse saison, tous les employés du secteur de l’hôtellerie seront de retour à leur poste pour la haute saison, a-t-il mentionné.

Fermeture d’hôtels : rien à voir avec le carburant

Mais n’a-t-on pas parlé d’hôtels fermés du fait de la pénurie de carburant ? Le ministre a admis qu’une vingtaine d’hôtels sont effectivement fermés. Mais il n’y a là rien d’exceptionnel, selon lui. C’est même un nombre peu élevé de fermetures comparé à d’autres années. Et surtout…

« Ça n’a rien à voir avec le carburant. Si cela avait été le cas, il aurait fallu fermer massivement les hôtels. Les hôtels n’étaient fermés que parce que leur taux d’occupation était faible ou pour se préparer pour la haute saison, comme cela se fait chaque année. […] Tous les hôtels fermés seront rouverts à temps pour la haute saison. »

Plutôt que de se fier aux ouï-dire, Manuel Marrero invite les gens à se rendre eux-mêmes à Cuba pour constater de visu ce qui s’y passe, et ce, même si « nous ne sommes pas parfaits et que nous avons nos problèmes », comme il le reconnaît.

Mais, enchaîne le ministre, Cuba a démontré sa force, sa résilience et sa capacité de trouver des solutions aux problèmes, et ce, tout en résistant depuis près de 60 ans au « pays le plus puissant du monde ».

Beaucoup à offrir

En outre, Cuba a beaucoup à offrir – beaucoup plus que le soleil et la plage, a insisté Manuel Marrero, en vantant le patrimoine, l’histoire et la culture de l’île.

C’est dans ce contexte que Cuba continue de développer son industrie touristique, non seulement en construisant de nouveaux hôtels, mais aussi en rajeunissant les hôtels existants.

En 2019, plus de 4 000 chambres ont ainsi été construites à Cuba et on prévoit que 4200 chambres seront inaugurées l’an prochain, dont encore d’autres hôtels boutiques logés dans des bâtiments patrimoniaux. Parmi les grandes nouveautés hôtelières, on retient le Paseo del Prado à La Havane, le Cayo Guillermo Kempinski, le nouveau Melia Internacional...

Autres nouveautés : la destination de Cayo Cruz – où deux hôtels verront le jour là où il n’y avait auparavant que de belles plages – et l’aménagement du futur parc Ordenamiento Territorial Parque Canimar.

LIRE PLUS : Une nouvelle destination à Cuba pour Transat : Cayo Cruz

Fait à noter : la durabilité fait partie des éléments tenus en compte lors de la construction d’aménagements touristiques. Cela explique que les panneaux solaires et les ampoules D.E.L. soient de plus en plus répandus dans les hôtels, par exemple.

500e anniversaire de La Havane

Manuel Marrero a souligné que tout ce qui a été prévu pour le 500e anniversaire de la fondation de La Havane (le 16 novembre) aura lieu... et que ce sera grandiose ! Sans fournir de détails, le ministre a évoqué un grand concert avec des artistes de renommée internationale...

Au passage, il a aussi rappelé que sept autres villes cubaines ont déjà franchi le cap des 500 ans, soit Baracoa, Banes, Trinidad, Camagüey, Sancti Spiritus, Santiago de Cuba et Remedios.

Cuba a la chance d’être l’une des destinations les plus sûres du monde, s’est félicité le ministre. Autre chance pour l’île, selon lui : le fait d'être hors de la trajectoire de ces algues sargasses qui ternissent l’image de bon nombre d’autres destinations des Caraïbes.

Manuel Marrero a remercié les Canadiens et Québécois pour leur fidélité envers Cuba et le peuple cubain. À eux seuls, les Canadiens représentent 25,8 % des visiteurs de l’île. Ils devraient y être plus de 1 million encore cette année !

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