Samedi,  18 septembre 2021  10:42

Alors que les É.-U. approuvent un projet de loi pour permettre les croisières en Alaska, Transports Canada maintient son interdiction


Alors que les É.-U. approuvent un projet de loi pour permettre les croisières en Alaska, Transports Canada maintient son interdiction
Le ministre des Transports, Omar Alghabra.
Michael Pihach

Michael Pihach est un acteur actif de l'industrie des médias au Canada depuis plus de 10 ans. Il a débuté sa carrière en tant que journaliste et éditeur pour diverses publications, telles que le Toronto Xtra! et les magazines IN, ainsi que le magazine 2B à Montréal.

Le Sénat américain a adopté un projet de loi visant à permettre aux navires de croisière à destination de l'Alaska de contourner le Canada, puisque celui-ci interdit les croisières en eaux canadiennes jusqu'en février 2022. Ce projet de loi risque d’avoir de graves répercussions au Canada, s’inquiète la présidente de l’ACTA.

LIRE PLUS – Ottawa interdit les croisières en eaux canadiennes jusqu’au 28 février 2022 

Le projet de loi doit encore être approuvé par la Chambre des représentants et signé par le président américain Joe Biden. Mais comme de plus en plus d'Américains sont complètement vaccinés, on s'attend à ce qu'il soit approuvé.

Dans une déclaration transmise à PAX lundi (17 mai), Wendy Paradis affirme que le projet de loi Alaska Tourism Restoration Act rapproche les compagnies de croisière américaines de la possibilité de sauter les ports canadiens pour de bon.

« Un changement temporaire [dans la loi] pourrait devenir permanent et l'impact économique et la perte d'emplois seraient importants pour les communautés côtières canadiennes », indique-t-elle.


Wendy Paradis, présidente de l'ACTA.

La décision du Canada d'interdire les navires de croisière jusqu'au 28 février 2022 au moins a pris plusieurs acteurs du secteur par surprise et a été considérée comme un coup de massue pour la saison estivale des croisières de 2021 en Alaska, qui injecte environ 1,2 G$ US dans l'économie locale de l'État.

Parrainé par les sénateurs républicains Lisa Murkowski et Dan Sullivan, l'Alaska Tourism Restoration Act permet aux grands navires de croisière d’éviter de se conformer au Passenger Vessel Services Act (également appelé Jones Act), qui interdit aux navires battant pavillon étranger (comme ceux des compagnies de croisières) d'embarquer et de débarquer des passagers dans deux ports américains différents sans faire escale dans un port étranger entre les deux.

Avant la pandémie, les navires en partance pour l'Alaska depuis Seattle, par exemple, faisaient escale à Vancouver ou Victoria, en Colombie-Britannique, pour respecter cette obligation. Mais la nouvelle législation permettrait aux navires de se rendre directement de Washington en Alaska, sans faire cette escale canadienne.

LIRE PLUS – «Il faut trouver une solution à l’impasse portuaire canadienne», insiste l’ASTA 

Un enjeu crucial pour l'industrie

Si elle devenait permanente comme le redoute Wendy Paradis, la nouvelle loi coûterait très cher au Canada. En 2019, en Colombie-Britannique seulement, le secteur des croisières a généré 2,72 G$ et créé 17 384 emplois. On estime que l'impact économique (direct et indirect) pour le Canada pourrait atteindre 4,278 G$ globalement, en tenant compte de l'industrie des croisières de l'Atlantique.

Dans le cadre de ses efforts de lobbying et de ses discussions en cours avec le ministre des Transports, Omar Alghabra, l'ACTA présente le nouveau projet de loi comme un « enjeu crucial pour l'industrie ».

L'une des solutions défendues par l'ACTA est de permettre aux navires de faire une escale technique au Canada, sans permettre aux passagers d'embarquer ou de débarquer du navire.

« Si le gouvernement autorisait un tel arrêt opérationnel à Victoria au cours de l'été 2021 pour satisfaire à la loi Jones, les opérations portuaires se poursuivraient, ce qui permettrait un démarrage plus rapide lorsque l'interdiction des croisières serait levée », relève Wendy Paradis.

LIRE PLUS – Croisières en Alaska : l’ACTA presse Ottawa d’accepter un compromis 

Transports Canada ne cède pas

Toutefois, Transports Canada ne semble pas vouloir offrir cette marge de manœuvre actuellement.

Dans une déclaration transmise à PAX lundi, le bureau du ministre des Transports a laissé entendre que le Canada n'est pas prêt à accueillir à nouveau les navires de croisière dans ses eaux. 

« Bien que les progrès réalisés aux États-Unis en ce qui concerne la reprise des croisières soient encourageants, un certain nombre de nos provinces sont aux prises avec une troisième vague de COVID-19 et la situation de la santé publique ne s'est pas améliorée au point que le Canada soit en mesure de reprendre en toute sécurité les opérations de croisière dans ses eaux », indique Transports Canada. 

Dans sa déclaration, Transports Canada n’évoque pas spécifiquement la suggestion d'autoriser les arrêts techniques dans le but de maintenir les ports canadiens en état de marche.

« Transports Canada continuera de travailler avec l'Agence de la santé publique du Canada, les autres ordres de gouvernement, les intervenants de l'industrie du transport, les peuples autochtones, les communautés de l'Arctique et ses homologues américains pour s'assurer que le Canada est prêt à accueillir les navires de croisière dans ses eaux dès qu'il sera sécuritaire de le faire. »

Le lobbying se poursuit

Parallèlement, l'ACTA poursuit ses efforts de lobbying aux côtés de la CLIA (Cruise Line Industry Association) et de l’Association de l’industrie touristique de la Colombie-Britannique. Les partenaires collaborent actuellement avec le député Tako Van Popta (Langley-Aldergrove) pour sensibiliser le gouvernement aux risques d’un contournement par les États-Unis.

Ce risque concerne également les agences et les agents de voyage, affirme l'ACTA, rappelant l'urgence qu’Ottawa collabore avec l'industrie du voyage à l’établissement d’une feuille de route vers la reprise.

LIRE PLUS – « Nous avons besoin d'une feuille de route », plaide l’ACTA 



Tenez-vous à jour de toute l’actualité du voyage : abonnez-vous à PAX !


Indicateur