« Vous nous regardez mourir... » Une propriétaire d’agences écrit au ministre Fitzgibbon, qui lui répond !


« Vous nous regardez mourir... » Une propriétaire d’agences écrit au ministre Fitzgibbon, qui lui répond !
Nicole St-Hilaire et Pierre Fitzgibbon.

Sous le choc à la suite de l’annonce par l’AAVQ que le gouvernement du Québec n’entend pas accorder d’aide sectorielle aux agences de voyages, Nicole St-Hilaire, propriétaire de trois agences – Voyages Nicole St-Hilaire (Cap-Rouge et Lévis), Club Voyages Beauport (Beauport) et Boutique Nicole St-Hilaire (Sainte-Foy/Cap-Rouge) – a écrit à sa députée, Geneviève Guilbault, ainsi qu’au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

« Vous nous regardez mourir... », leur lance-t-elle.

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Dans sa lettre, Nicole St-Hilaire dénonce le fait que le gouvernement semble prêt à accepter la disparition d’une grande proportion des agences de voyages comme conséquence de ne pas accorder une aide sectorielle à ces PME.

« Je suis sous le choc. Je ne peux pas accepter un tel commentaire venant de quelqu’un qui est supposé avoir à cœur l’économie "locale" québécoise », écrit-elle.

Nicole St-Hilaire rappelle au ministre que les agents de voyages sont des entrepreneurs qui ont « travaillé nuit et jour pour en arriver à fonder et opérer des entreprises en santé financière ».

« Quoique vous en pensiez, monsieur Fitzgibbon, les agences de voyages conventionnelles ont continué d’exister. Et je peux vous dire que, personnellement, mes agences ont toujours été en croissance depuis leur tout début. »

Nicole St-Hilaire présente aussi les agents de voyages comme des créateurs d’emplois québécois, des payeurs de taxes québécois, des payeurs d’impôts québécois, des consommateurs québécois… Et elle présente les conseillers d’une façon semblable.

« Nous sommes quand même près de 10 000 conseillers/conseillères en voyages, qui sommes des payeurs de taxes, d’impôts; nous allons dans les restaurants, nous consommons dans les centres d’achats, nous achetons québécois… »

«Nous ne sommes rien ? »

« Mais à vos yeux, nous ne sommes rien, c’est bien cela ? », demande-t-elle au ministre.

Nicole St-Hilaire rappelle au gouvernement la situation des agences de voyages depuis le 13 mars : chiffre d’affaires à zéro, travail pour annuler des voyages, rapatrier les clients, traiter leurs réclamations… – « et tout ceci, bénévolement » !

Elle mentionne que les agences de voyages (des « entreprises de service ») sont en bien pire posture que les commerces de détail, puisque ceux-ci, en reprenant partiellement leurs activités, ont au moins pu acquitter leurs frais fixes. 

« Nous avons été les premiers à devoir fermer; nous serons les derniers à pouvoir récupérer... Comment pouvez-vous nous ignorer ainsi ? Comment pouvez-vous nous regarder "mourir" doucement, lentement, à petit feu en ne faisant rien ? »

Nicole St-Hilaire réitère la nécessité d’une aide sectorielle aux agences de voyages, pour que ces dernières puissent continuer de « contribuer à l’économie québécoise ».

« Vous savez que les subventions et l’aide du gouvernement fédéral s’achèvent, notamment au niveau de l’aide au loyer et de la subvention salariale dégressive. Pourquoi ne pouvez-vous prendre le relai et nous aider à survivre pour pouvoir être présents lorsque nos clients seront prêts à utiliser nos services à nouveau ? »

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La réponse du ministre Fitzgibbon

Le ministre Pierre Fitzgibbon a répondu à Nicole St-Hilaire. D’entrée du jeu, il dément fermement avoir affirmé que « s’il y a la moitié des agences qui ferment, l’autre moitié aura le double de chiffre d’affaires » (comme le mentionne la lettre de la propriétaire)…

« Ce ne sont pas des avancées que je fais normalement », dit-il.

À cet égard, il convient de préciser que l’AAVQ ne citait pas le ministre lui-même, mais paraphrasait les propos d’un de ses conseillers politiques.

Quoi qu’il en soit, le ministre Fitzgibbon semble ensuite confirmer à Nicole St-Hilaire qu’aucune aide sectorielle aux agences n’est actuellement dans les plans du gouvernement.

« Je confirme qu’aucun programme de subventions directes n’existe présentement autre que pour les fermetures totales pour les zones rouges que j’ai annoncé la semaine dernière. »

Le ministre mentionne aussi que certaines agences se sont prévalues des prêts sous le programme FLI. Il précise avoir encouragé certaines agences à le faire. Pour ce qui est du programme d’aide au loyer du fédéral (un point évoqué par Mme St-Hilaire), il se réjouit du fait qu’Ottawa vienne tout juste d’annoncer sa bonification – « tel qu’on le demandait ». Il indique que son gouvernement pourrait encore bonifier ce programme – « s’il y a des brèches ».

« Avec des subventions directes aux salaires et loyers, je pense que cela adresse pas mal d’enjeux, écrit le ministre. De plus, les programmes costauds de notre gouvernement en prêts sont les plus généreux au pays. »

Évoquant ensuite un programme à venir de la ministre du Tourisme pour promouvoir les forfaits de tourisme québécois, Pierre Fitzgibbon assure à Nicole St-Hilaire que sa disposition à l’égard des PME est des plus positives.

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Que pense Nicole St-Hilaire de la réponse du ministre ?

Si Nicole St-Hilaire a été agréablement surprise de recevoir une réponse du ministre de l’Économie, ce dernier n’a pas réussi à la convaincre entièrement quant à sa bonne prédisposition vis-à-vis des PME en général – et des agences de voyages en particulier.

« Je crois que sa pensée était claire sur le fait que si une moitié d'agences ferme, l'autre moitié en bénéficiera. Ce ne sont peut-être pas les termes exacts qui ont été reportés par l'AAVQ, mais il n'a pas nié que c'est ce qu'il pensait », confie-t-elle à PAX.

Sa conclusion :

« Je n'ai senti aucun appui significatif envers les PME… Mais c'est un "feeling" peut-être moins objectif, considérant notre situation actuelle ! »

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« Vous nous regardez mourir... »

Avec l’autorisation de Nicole St-Hilaire, PAX reproduit intégralement, ci-dessous, la lettre que la propriétaires de trois agences a adressée à sa députée, Geneviève Guilbault, et au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.


Madame Guilbault, monsieur Fitzgibbon,

Je suis propriétaire de 3 points de vente en voyages ainsi que d’une boutique de vêtements.

Voyages Nicole St-Hilaire (Cap-Rouge et Lévis), Club Voyages Beauport (Beauport) et Boutique Nicole St-Hilaire (Sainte-Foy/Cap-Rouge).

Lors d’une réunion avec notre association d’agences de voyages, nous apprenons que lors de représentations faites par celle-ci afin d’obtenir un soutien financier sectoriel, notre association a reçu un « non » catégorique de la part de M. Fitzgibbon. Ses termes exacts furent : « S’il y a la moitié des agences qui ferment, l’autre moitié aura le double de chiffre d’affaires ». De toute façon, avec internet, les achats se font différemment. »

Je suis sous le choc. Je ne peux pas accepter un tel commentaire venant de quelqu’un qui est supposé avoir à cœur l’économie « locale » québécoise.

Dans un premier temps, je tiens à mentionner que nous sommes des entrepreneurs qui avons travaillé nuit et jour pour en arriver à fonder et opérer des entreprises en santé financière. Quoique vous en pensiez, monsieur Fitzgibbon, les agences de voyages conventionnelles ont continué d’exister et je peux vous dire que personnellement, mes agences ont toujours été en croissance depuis leur tout début.

Nous sommes des créateurs d’emplois québécois, nous sommes des payeurs de taxes québécois, nous sommes des payeurs d’impôts québécois, nous sommes des consommateurs québécois, mais à vos yeux, nous ne sommes rien, c’est bien cela?

Voici notre situation.

Depuis le 13 mars, nous faisons un chiffre d’affaires de zéro. Nous avons travaillé les annulations de voyages de nos clients québécois, les réclamations pour nos clients québécois, les rapatriements de nos clients au Québec et tout ce qui a entouré cette crise et tout ceci, bénévolement.

Vous faites une comparaison avec les commerces de détail. Comme je suis propriétaire d’un tel commerce, je peux vous assurer que mes clientes sont heureuses de revenir en boutique. Ceci dit, je vous confirme également qu’avec les restrictions appliquées ici au Québec, et particulièrement dans la région de Québec, nous vivons une baisse d’achalandage et de chiffre d’affaires. Par contre, de ce côté, il y a un minimum de chiffre d’affaires qui permet d’acquitter les frais fixes. Ce n’est pas le cas dans les points de vente de voyages. Je vous rappelle que nous sommes une entreprise de service.

Nous avons été les premiers à devoir fermer, nous serons les derniers à pouvoir récupérer. Nous sommes quand même près de 10 000 conseillers/conseillères en voyages qui sommes des payeurs de taxes, d’impôts, nous allons dans les restaurants, nous consommons dans les centres d’achats, nous achetons québécois. Comment pouvez-vous nous ignorer ainsi? Comment pouvez-vous nous regarder « mourir » doucement, lentement, à petit feu en ne faisant rien. Vous savez que les subventions et l’aide du gouvernement fédéral s’achèvent, notamment au niveau de l’aide au loyer et de la subvention salariale dégressive. Pourquoi ne pouvez-vous prendre le relai et nous aider à survivre pour pouvoir être présents lorsque nos clients seront prêts à utiliser nos services à nouveau?

Si c’est votre croyance en une économie vigoureuse et en santé, et bien, sachez que si vous maintenez votre attitude d’indifférence, nous serons bientôt plusieurs à ne plus pouvoir subvenir à vos besoins gouvernementaux, ne pouvant plus contribuer à l’économie québécoise.

Bien à vous,

Nicole St-Hilaire

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