Vendredi,  23 octobre 2020  17:54

Si j’avais l’occasion de parler à Simon Jolin-Barrette…


Si j’avais l’occasion de parler à Simon Jolin-Barrette…
Isabelle St-Amand

Propriétaire de l'agence Espace Voyages en Montérégie qui emploie une trentaine de conseillers, Isabelle St-Amand roule sa bosse dans l'industrie des voyages depuis 18 ans. Elle a notamment oeuvré du côté de Tours Mont Royal et Varaplaya Tours dans ses premières années avant de laisser libre cours à sa passion pour l'entrepreneuriat.

Au tout début de l’été, Simon Jolin-Barrette est devenu ministre de la Justice. Il est alors devenu notre ministre : le responsable de l’OPC et de l’application de la Loi sur les agents de voyages.

Simon Jolin-Barrette est-il l’homme de la situation ? On ne le sait pas encore… mais je me permets de l’espérer !

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Alors que la fin de l’été approche à grands pas, le ministre Jolin-Barrette a promis pour très bientôt une réponse globale à la problématique des crédits-voyage, qui fait l’objet de débats depuis des mois…

On ne connaît pas grand-chose des intentions du ministre. Pas grand-chose à part le fait qu’il entend s’attaquer au problème des assurances.

Et sur ce point-là, je ne peux qu’être d’accord avec lui !

La question des assurances

À mon avis, les assurances sont vraiment un élément clé de l’équation. Demander que les contrats d’assurance soient honorés, ce n’est pas trop demander : c’est un minimum !

Sinon, à quoi ça sert de s’assurer? Déjà qu’on a un peu l’impression d’acheter de l’air quand on contracte une assurance…

Alors, s’il faut changer la loi pour empêcher les compagnies d’assurance de se défiler, changeons-la !

Et si les compagnies d’assurance ne sont pas capables de respecter leurs engagements en matière d’assurance annulation, qu’elles s’en tiennent à l’assurance médicale !

Sinon, c’est nous qui perdons la confiance des voyageurs lésés.

LIRE PLUS : Parlons un peu des assurances… et beaucoup des frais de service !

La question des chargebacks

On a entendu dire que le ministre Jolin-Barrette serait favorable à la rétrofacturation. Ça, je dois l’avouer, ça me laisse perplexe...

Quelque part, je comprends bien qu’un consommateur se sente dans son droit de demander la rétrofacturation s’il a payé pour un service qui ne lui a pas été rendu...

Mais si les agences doivent ensuite remettre leurs commissions, ça me paraît clair, dans le contexte actuel, qu’elles tomberont les unes après les autres. Alors, ça ne va pas du tout !

La question des crédits

Pour ce qui est des crédits, au point où nous en sommes, ça me paraît très improbable que le ministre Jolin-Barrette puisse décider de simplement invalider tout ça. On est rendu trop loin. Et puis, de nombreux consommateurs ont déjà commencé à utiliser leurs crédits...

Ça ne m’empêche pas de me poser certaines questions.

Par exemple : je conçois parfaitement que les crédits soient une option valable – nécessaire même ! – pour des voyages qui avaient été payés en entier.

Mais des crédits pour les dépôts… vraiment ? Ces sommes ne devraient pas avoir été transmises à des fournisseurs... Ne pas les rembourser, c’est juste gourmand !

Je me pose aussi des questions à propos de la durée de validité des crédits. Il me semble que, logiquement, elle devrait être calculée – non pas à partir de la date de départ prévue initialement – mais à partir du moment où l’avis d’éviter les voyages non essentiels sera levé.

La situation est particulièrement délicate si la durée de validité du crédit n’est que d’un an, comme c’est le cas chez certains petits voyagistes.

Bien sûr, si le crédit n’a pas de date d’expiration, comme le proposent d’autres voyagistes, ce problème ne se pose pas. Par contre, je prévois que cette belle intention sera tout un casse-tête à gérer !

Et si les crédits-voyage étaient commissionnables ?

Lors de l’éventuelle reprise, les crédits représenteront sans doute au moins une réservation sur quatre. Des réservations sur lesquelles nous ne ferons pas un sou…

Alors que nos associations revendiquent une aide sectorielle pour les agences de voyages – ce avec quoi je suis entièrement d’accord ! –, je me demande si le gouvernement ne pourrait pas, entre autres, subventionner l’équivalent des commissions pour les voyages réservés avec un crédit.

Ce serait une belle façon d’appuyer les agents de voyages !

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L’urgence d’une aide sectorielle

D’une façon ou d’une autre, une aide sectorielle réaliste serait mieux que l’aide générale complexe, inadaptée à nos besoins, proposée par plusieurs programmes actuels.

Et s’il vous plaît : épargnez-nous une autre aide sous forme de prêts. On n’en peut plus des prêts ! On ne veut plus s’endetter alors qu’on ne fait pas d’argent, alors qu’on ignore même quand on pourra repartir la machine !

Au début, on pensait que la crise durerait des mois… Et on trouvait ça trop long ! Là, on commence à croire que ça pourrait durer des années.

On entre dans une phase dangereuse. Les propriétaires se demandent combien de temps ils pourront assumer les frais fixes, payer employés, loyer, redevances, Vidéotron, Hydro-Québec, PC Voyage, comptable, permis, etc.

Ça n’a juste plus de sens !

La découverte d’un vaccin ou d’un traitement est-elle la seule chose qui pourra mettre fin à ce cauchemar ? Combien d’entre nous pourront tenir le coup jusque là ? Que restera-t-il de notre industrie ?

J’en aurais des choses à dire à Simon Jolin-Barrette… si j’avais l’occasion de lui parler !

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