Refus d’une aide sectorielle aux agences : c’est l’heure que tout le monde mette l’épaule à la roue !


Refus d’une aide sectorielle aux agences : c’est l’heure que tout le monde mette l’épaule à la roue !
Moscou Côté, président de l'AAVQ, et Éric Boissonneault, vice-président.

Plusieurs membres de l’industrie sont sous le choc à la suite des nouvelles annoncées hier par l’AAVQ dans le cadre de sa réunion informative et participative.

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« Nous non plus, nous ne sommes pas contents du message. Mais nous sommes contents d’avoir pu le livrer », indique Éric Boissonneault, vice-président de l’AAVQ, en parlant de l’événement virtuel qui a rassemblé quelque 750 participants.

En entrevue avec PAX, M. Boisonneault et le président de l’AAVQ, Moscou Côté, assurent garder espoir… si tout le monde met l’épaule à la roue !


Le refus du gouvernement du Québec d’accorder une aide sectorielle aux agences de voyages a assommé plusieurs membres de l’industrie. Qui exactement vous a donné cette réponse ? Le premier ministre, François Legault ? Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon ?

Moscou Côté : La réponse provient du bureau du ministre de l’Économie. Elle nous a été donnée par un de ses conseillers politiques.

Éric Boissonneault : On nous a fait comprendre que le gouvernement est prêt à vivre avec les conséquences de ne pas accorder une aide sectorielle aux agences de voyages. En d’autres mots, il ne croit pas que les Québécois voyageront moins parce que des agences auront fermé. La tarte sera aussi grosse, mais moins d'agents se la partageront.

Est-il réaliste de penser que la moitié des agences puisse finir par disparaitre ?

MC : Éric et moi ne sommes pas tout à fait d’accord à ce propos. Personnellement, j’ai peur que, sans aide sectorielle, le nombre d’agences tombe à 600. [NDLR : On compte actuellement 715 détenteurs de permis d’agent de voyages — général, contre 777 au début de l’année.]

ÉB : Selon moi, les trois prochains mois seront déterminants. S’il n’y a pas d’aide sectorielle, pas d’aide au loyer, si la subvention salariale n’est pas maintenue ou qu’elle s’abaisse progressivement de mois en mois, j’ai bien peur que ça tombe sous la barre des 600.

MC : En fait, dans les régions densément peuplées comme Montréal et Québec, où on trouve un plus grand nombre d’agences par habitant, on peut redouter qu’une agence sur deux soit menacée. Mais dans les régions ou le ratio est moins élevé, il devrait y avoir moins de disparitions.

On ne peut rien y faire ?

ÉB : C’est pour ça que l’appel à l’action collective que nous avons lancé hier est important. C’est important que tous les membres de l’industrie appellent leur député provincial pour le sensibiliser et demander de l’aide.

Si j’appelle mon député provincial, je lui dis quoi exactement ?

MC : On lui dit qu’en tant que contribuables payeurs de taxes et d’impôts, on trouve ça inacceptable qu’on ne vienne pas en aide à des entreprises qui créent des emplois dans toute la province, et ce, alors qu’on aide à peu près tous les autres secteurs de l’économie : les restaurants, les bars, les spectacles, les cimenteries, les salles de sport…

Vous avez dit vouloir donner l’heure juste aux agents de voyages pour que personne, par exemple, ne s’endette en prévoyant une aide qui ne viendra peut-être pas. Que recommandez-vous à vos membres à la place ?

MC : Nous ne pouvons malheureusement pas faire de recommandation : il n’y a pas de « one size fits all » dans le domaine du voyage. C’est à chacun d’évaluer sa situation personnelle et de prendre ses propres décisions commerciales.

ÉB : Nous ne faisons pas de recommandations aux gens, sauf de faire leurs calculs et d’être prudents. Nous les encourageons aussi à contribuer à renverser la vapeur en s’engageant dans l’action collective et en sensibilisant leur député provincial.

Vous considérez une récente déclaration du premier ministre comme un potentiel « game changer » [point tournant]. Qu’est-ce qu’a dit François Legault exactement ?

ÉB : Il a demandé aux Québécois de rester à la maison, sauf pour travailler et étudier. 

Le gouvernement provincial aide les bars parce qu’il impose aux bars de fermer. Il ne veut pas aider les agences de voyages parce qu’il considère que les décisions qui empêchent les agences de voyages de fonctionner (comme les restrictions aux voyages et l’exigence de quarantaine) relèvent du gouvernement fédéral.

Mais je crois qu’il y a une faille dans ce raisonnement : quand le premier ministre du Québec demande à tous les Québécois de rester à la maison, on peut considérer que le gouvernement du Québec empêche les agences de voyages de fonctionner.

Des solutions aux problèmes des agents de voyages peuvent-elles aussi provenir du gouvernement fédéral ?

MC : Nous avons des discussions à plusieurs niveaux au fédéral. Nos tentatives de contacts avec le ministre des Transports, Marc Garneau, n’ont pas donné grand-chose jusqu’ici, mais nous avons établi d’autres contacts prometteurs avec des représentants de plusieurs partis.

Notre message est qu’il faut que les restrictions aux voyages et l’exigence de quarantaine soient assouplies, sinon il faut qu’on nous aide !

Hier, vous avez évoqué un programme d’aide aux PME du gouvernement fédéral [NDLR : le Fonds d’aide et de relance régionale, qui vient d’être renfloué de 600 M$]. Avez-vous pris contact avec la ministre du Développement économique, Mélanie Joly ?

MC : Nous avons pris contact avec son bureau. Ce programme est supposé être un filet de sécurité pour les entreprises qui ne répondent pas aux critères des autres programmes. La ministre a déjà évoqué les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie...

Nous voulons la sensibiliser à la situation des agences de voyages pour nous assurer qu’elles soient admissibles à cette aide.

Êtes-vous officiellement des lobbyistes, désormais ? Hier, vous avez évoqué votre inscription au Registre des lobbyistes...

MC : Le but de ce registre est de recenser qui essaie d’influencer le gouvernement dans ses décisions. On nous a demandé de nous inscrire et nous avons entamé les démarches.

ÉB : J’y vois une preuve supplémentaire qu’on nous prend au sérieux !

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