Parlons un peu des assurances… et beaucoup des frais de service !


Parlons un peu des assurances… et beaucoup des frais de service !
Isabelle St-Amand

Propriétaire de l'agence Espace Voyages en Montérégie qui emploie une trentaine de conseillers, Isabelle St-Amand roule sa bosse dans l'industrie des voyages depuis 18 ans. Elle a notamment oeuvré du côté de Tours Mont Royal et Varaplaya Tours dans ses premières années avant de laisser libre cours à sa passion pour l'entrepreneuriat.

On a tous hâte à la réouverture des frontières pour que les gens puissent recommencer à voyager. Mais un autre obstacle se dresse déjà : celui des assurances. Car qui voudra traverser les frontières sans assurances ? 

Autre point que les agents de voyages devraient absolument mettre à leur ordre du jour collectif : les frais de service. Car lors de la reprise, on ne pourra pas tenir le coup sans eux !

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Avant qu’on puisse envisager un retour à la normale, les compagnies d’assurance devront faire un move. La crise de la COVID a probablement convaincu bien des voyageurs sceptiques de l’importance de ne pas partir sans assurance. Le problème, c’est qu’actuellement, même s’ils pouvaient voyager, ils ne pourraient pas s’assurer convenablement.

On se doute bien que les assureurs, comme tous les secteurs de l’économie, ne sont pas épargnés par la crise. Mais je me dis que si j’étais un assureur, je pourrais trouver avantageux d’être le premier à offrir sur le marché une protection qui sera forcément très demandée dès qu’il sera possible de voyager. Je verrais ça comme une opportunité !

Par ailleurs, on parle beaucoup de solidarité dans l’industrie en ce temps de crise. C’est bien beau… Mais je crois que quand viendra la reprise, il faudrait que cette solidarité se manifeste concrètement par une véritable généralisation des frais de service.

Quand un restaurant finit par rouvrir ses portes, il fait de l’argent dès le premier jour. Mais ça ne sera pas pareil pour les agences : on va rouler sur des crédits voyage pendant 24 mois !

Ça me paraît clair que les premiers clients qui viendront nous voir, au moment de la reprise, seront ces gens qui ont reçu des crédits voyage et qui veulent les utiliser. Je les imagine entrer dans mon agence, me faire faire des recherches pour me dire, au bout du compte, qu’ils veulent utiliser le crédit que leur a accordé un voyagiste.

Ça exigera autant de travail qu’un nouveau voyage, mais ça ne sera pas payant pour moi… Sauf si j’exige des frais pour mes services ! Sans frais de service, on en a pour 24 mois à faire du bénévolat ! Ça risque de nous mettre à terre autant que la crise actuelle !

Moi, je suis très à l’aise de dire à mes clients : « vous êtes contents de recevoir mes services? Alors, il faut les payer. Sinon, dans un an, je risque de ne plus être là pour vous les offrir. Et vous devrez vous arranger avec votre crédit sans moi… »

Je suis consciente que certains clients pourraient mal réagir à l’idée des frais. Je suppose que les nouveaux clients, ceux qui viendront d’on ne sait où et qui n’avaient pas acheté leur voyage chez nous, ceux-là devraient être assez compréhensifs…

Mais nos clients habituels ? Tous accepteront-ils que nous leur exigions des frais pour un voyage qu’ils ont déjà payé, mais qu’ils n’ont pas pu accomplir ? Comprendront-ils que nous devons, nous, recommencer tout le travail ? Je n’en suis pas sûre…

Mais je crois quand même que les frais de service devraient être généralisés. Il faudra qu’on se tienne. Car bien sûr, si on ne se tient pas, ben… ça ne marchera pas !

Je pense que la pratique des frais de service mérite d’être véritablement intégrée à notre métier. On n’a juste pas le choix. Peut-être que les voyagistes pourraient nous aider à les intégrer ?

Au point où on en est, peut-être même que la grille des frais devrait être déterminée par l’OPC ? Puisque l’OPC gère les permis et les certificats, puisque la création d’un ordre professionnel paraît impossible, puisque les associations actuelles n’ont pas le pouvoir d’établir des frais, peut-être que c’est le gouvernement qui devrait s’en charger ? 

Pourrait-on même imaginer que les frais soient puisés à même le FICAV ? J’aimerais bien proposer l’idée à l’OPC !

Les temps sont durs pour les agents de voyages et ils le seront encore pendant un bon moment. Quand je vois des articles disant qu’on ne se relèvera peut-être pas de la COVID avant 2023, j’ai bien peur de les croire. Combien de joueurs va-t-on perdre durant les deux, trois ans à venir ?

Ce qui n’arrange rien, c’est qu’à cause de certains reportages, on passe pour des méchants. On mange de la chnoute de la part de nos clients à propos de choses sur lesquelles on n’a aucun contrôle.

Par contre, il y a des choses sur lesquelles nous avons le contrôle, que nous pouvons décider, collectivement, solidairement. Et la généralisation des frais de service en fait partie !

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