Vendredi,  10 juillet 2020  14:36

Québec n'est pas contre les crédits, pourvu qu'ils soient «flexibles» !


Québec n'est pas contre les crédits, pourvu qu'ils soient «flexibles» !
Crédit photo : page Facebook de Pierre Fitzgibbon - Député de Terrebonne - Ministre Économie et Innovation.

Depuis 9 semaines qu’on s'impatiente de savoir ce que le gouvernement du Québec mijote concernant les crédits voyage offerts par les voyagistes, voilà que ça se précise enfin !

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Souhaitant éviter que les agents de voyages soient acculés à la faillite, Québec est favorable à ce qu’ils puissent accorder « un crédit flexible » aux consommateurs dont les voyages ont été annulés pour cause de COVID-19.

C’est ce qu’on a pu apprendre, hier (28 mai), lors des débats de l'Assemblée nationale. Car si on a beaucoup parlé de la motion votée à l’unanimité (qui ne concernait que les transporteurs aériens), il a aussi question des agences de voyages au cours de ces débats.

En fait, les agents ont même été au cœur de vifs échanges entre la députée libérale Lise Thériault et le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon.

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Forcer les agences à rembourser ?

L’ancienne vice-première ministre a dénoncé le « refus systématique des transporteurs aériens et des agences de voyages de rembourser leurs clients » pour les voyages annulés. Face à cela, la seule décision acceptable, selon elle, est de les forcer à rembourser les clients, comme cela se fait dans d’autres juridictions.

« Ici, au Québec, les clients qui demandent à être remboursés ne le sont pas. On ne leur propose que des crédits voyage en disant que c'est tout ce que l'on peut offrir, que c'est à prendre ou à laisser. […] La question est simple : les consommateurs québécois vont-ils ravoir leur argent, oui ou non? », a demandé Mme Thériault.

Alors que la députée libérale semblait amalgamer compagnies aériennes et agences de voyages, le ministre de l'Économie lui a rappelé que les compagnies aériennes relèvent de la juridiction fédérale tandis que les agents de voyage sont de juridiction provinciale. Il a confirmé que des discussions sont en cours avec le fédéral pour ce qui concerne les transporteurs aériens.

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Recherche d’équilibre

Pour ce qui relève de la compétence provinciale, Pierre Fitzgibbon a évoqué que les agences de voyages sont dans une situation problématique qui les expose à la faillite. Il a expliqué que le gouvernement cherche un équilibre entre « ce qui est bon pour le consommateur et ce qui est bon pour les agents de voyage. »

« Ce n'est pas juste binaire. On est soucieux des agents de voyages qui risquent de faire faillite. Puis en même temps, les consommateurs ont le droit d'avoir un crédit flexible. »

Le ministre n’a pas précisé ce qu’il entendait par « crédit flexible », mais on aura bien noté qu’il n’est pas foncièrement opposé au principe des crédits.

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La rétrofacturation obligatoire ?

Quoi qu’il en soit, la députée libérale n’a pas lâché prise (ce qui laisse entrevoir la réaction de l’opposition lorsque le gouvernement annoncera officiellement sa position).

Après avoir dénoncé « un équilibre sur le dos des consommateurs », Lise Thériault a abordé la question des assurances, affirmant que « les compagnies d'assurance doivent rembourser les clients », pour enchaîner immédiatement sur la question des cartes de crédit et de la rétrofacturation.

« Pourquoi le gouvernement n'oblige-t-il pas la rétrofacturation puis que les consommateurs soient remboursés ? », a-t-elle suggéré.

Sa proposition n’a pas séduit le ministre de l’Économie…

« Si on accepte la position de la députée, nous allons mettre en péril les agents de voyage du Québec », a répondu Pierre Fitzgibbon.

« Ce sont les PME du Québec »

Le ministre a souligné que les agents de voyage avaient demandé l’aide du gouvernement. Indice de sa bonne disposition à leur égard, il a reconnu le rôle important qu’ils jouent, en tant que PME, dans l'économie du Québec.

« Nous sommes près des PME, et on veut faire attention. Et je pense que c'est un environnement qu'il faut travailler étroitement avec le fédéral. Ma collègue la ministre de la Justice a le dossier en main. […] Le FICAV […] est au dossier aussi. Nous sommes très soucieux de l'enjeu... »

Et de conclure :

« Nous sommes très soucieux que les consommateurs aient droit à un remboursement ou un crédit flexible… Mais les agents de voyages, on en est soucieux aussi. »


De côté de Simon Jolin-Barrette…


Au cours de la même période de questions, juste avant d’échanger avec le ministre de l’Économie (via le Président de l’Assemblée), la députée Lise Thériault avait aussi échangé avec le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, à propos du remboursement aux consommateurs dont les voyages ont été annulés en raison de la COVID-19.

M. Jolin-Barrette s’est clairement prononcé en faveur du fait que les consommateurs québécois retrouvent leur argent, en semblant toutefois mettre l’accent sur les « gens qui avaient acheté des billets d'avion ».

« Là, on se retrouve dans la situation, avec la pandémie, avec le COVID, que certaines compagnies aériennes se retrouvent en difficulté. Vous l'avez vu, la majorité des frontières sont fermées. Il faut trouver un mécanisme qui va faire en sorte que les Québécois et les Québécoises soient remboursés. »

Et de préciser :

« D'ailleurs on est en relation avec le fédéral à ce niveau-là, pour trouver un moyen, de quelle façon les Québécois et les Québécoises pourront être remboursés. Parce que c'est leur argent, et on sait que ça constitue des sommes qui sont considérables. Lorsqu'on achète des billets d'avion, bien, c'est plusieurs centaines de dollars… […] Soyez assurée que nous travaillons sur ce dossier. »

Loin d’être rassurée, Lise Thériault a plutôt contesté le fait qu’Air Canada et Air Transat soient en difficulté et qu’elles puissent manquer de liquidités !

« Air Canada a présentement, dans ses coffres, 2,6 G$. Air Transat, elle, elle a 809 M$ dans ses coffres. Elles ne sont pas trop en difficulté, là. Les deux ensemble, M. le Président, [elles disposent de] 3 409 000 000 $ en argent sonnant qui ne leur appartient pas. L'argent, il est là. Il n'a pas disparu. »

Et de s’indigner :

« À quand un remboursement des clients qui n'ont pas pu aller en voyage, comme le prévoient nos lois […] qui protègent les consommateurs et le Code civil du Québec ? C'est honteux ! À quand un remboursement ? »

C’est à ce moment que Pierre Fitzgibbon a pris le relai de Simon Jolin-Barrette pour répondre à la députée...


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