La fameuse tourista : comment la prévenir cet hiver


La fameuse tourista : comment la prévenir cet hiver
Denis Méthot

Journaliste et photographe de presse maintes fois récompensé depuis les trois dernières décennies, Denis Méthot est un touche-à-tout qui raffole des voyages. Il est, depuis plusieurs années, le correspondant officiel de PAX dans la ville de Québec.

C’est sans doute le problème de santé mineur le plus redouté des vacanciers : la diarrhée du voyageur a des conséquences très fâcheuses au plan physique et moral et peut gâcher une, deux ou trois journées de précieuses vacances à l’étranger. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) vient de publier de nouvelles mises à jour visant à contrer, sinon à combattre la fameuse turista. Ces conseils s’avèrent judicieux avec le retour des destinations soleil.

La diarrhée du voyageur : c'est quoi, au juste?

La diarrhée du voyageur est définie par le passage d’au moins trois (3) selles non formées pendant une période de 24 heures. Elle survient le plus souvent pendant la première semaine, mais peut apparaître à n’importe quel moment du séjour et jusqu’à 7 à 10 jours après le retour. Elle peut entraîner des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales, le passage de mucus ou de sang et de la fièvre dans 10 à 30 % des cas.

Les enfants et les jeunes adultes de 30 ans ou moins ont des taux d’attaque plus élevés. Certaines personnes sont à risque plus élevé de complications, comme celles qui souffrent d’insuffisance cardiaque, de maladie inflammatoire intestinale, de diabète.

Le 7 juin 2018, le Comité consultatif québécois sur la santé des voyageurs a adopté les trois catégories de l’International Society of Travel Medicine :

  • Diarrhée légère : tolérable et n’interfère pas avec les activités planifiées.
  • Diarrhée modérée : assez intense pour interférer avec les activités planifiées.
  • Diarrhée sévère : incapacitante ou qui empêche complètement les activités planifiées.

Un facteur déterminant : la destination 

Le facteur de risque déterminant est simple : c’est la destination. Bonne nouvelle, les vacances à la plage présentent un risque moins élevé que les voyages d’aventure, mais les précautions d’usage demeurent dans le Sud. 

  • Risque élevé (plus de 20 %) : la plupart de l’Asie, Moyen-Orient, Afrique, Mexique, Amérique Centrale, Amérique du Sud.
  • Risque modéré (10 à 20 %) :  Europe de l’Est, Afrique du Sud, certaines îles des Caraïbes.
  • Risque faible (moins de 10 %) :  États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Europe du Nord, Europe de l’Ouest.

Comment l'éviter ?

La diarrhée du voyageur est en partie évitable par des mesures d’hygiène et des précautions alimentaires. Le lavage des mains à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique demeure la pierre angulaire de la prévention. Cette mesure est relativement simple, mais souvent peu respectée par inadvertance ou par excès de confiance.

Malheureusement, aucun groupe d’aliments n’est considéré sécuritaire et les sources d’infections alimentaires sont nombreuses telles que la viande mal cuite, les légumes crus contaminés et les produits laitiers non pasteurisés. Les aliments laissés à la température ambiante pendant plusieurs heures favorisent la prolifération bactérienne. Les aliments peuvent être aussi contaminés par leur manipulation ou l’environnement avant leur consommation.

Quelques conseils indispensables :

  • Peler ses fruits avant de les manger
  • Éviter les salades et la laitue, les aliments achetés d’un vendeur ambulant et les buffets froids ou chauds, à moins de ne choisir que des plats bien chauds
  • Éviter les glaçons dans les boissons
  • Consommer des boissons embouteillées et scellées
  • Se brosser les dents avec de l’eau purifiée
  • Éviter la baignade dans des eaux contaminées
  • Consulter un médecin ou une infirmière en santé voyage ou une pharmacien avant son départ

Des médications plus ou moins efficaces

Vous croyez vous mettre à l’abri par la prise du vaccin à suspension orale Dukoral®? Ses avantages sont limités, préviennent les experts. Ce vaccin peut donner un faux sentiment de sécurité et les vacanciers qui choisiront de le recevoir ne devront pas négliger l’application des mesures d’hygiène et des précautions alimentaires strictes, ajoutent-ils.

En contrepartie, le Pepto-Bismol s’avère efficace, tant dans le traitement que la prévention de la diarrhée. La prise de 524 mg ou 2 comprimés de 262 mg quatre fois par jour confère une protection pouvant aller jusqu’à 50 à 65 %, mais il faut respecter cette posologie. Dans une étude réalisée au Mexique, l’efficacité diminuait à 40 % lorsque les voyageurs ne prenaient qu’un seul comprimé quatre fois par jour. Le Pepto-Bismol n’est pas recommandé au-delà de 3 semaines en raison de risques de toxicité et il aussi contre-indiqué pour certains groupes, comme les femmes enceintes entre la 2e et le 3e trimestre de grossesse et pendant l’allaitement.

L’usage de probiotiques pourraient-ils vous épargner la diarrhée du voyageur? Les études sont limitées et les médecins en santé des voyageurs ne peuvent actuellement recommander leur utilisation à grande échelle en prévention de la diarrhée du voyageur.

Et contrairement à la croyance populaire, affirment les spécialistes, le jeûne complet n’est pas recommandé. La réintroduction précoce des aliments ne semble pas avoir d’effets nuisibles et semble être au contraire bénéfique sur le plan nutritionnel. Le régime alimentaire devrait inclure tous les types de lait pasteurisé et la plupart des aliments. Il est cependant suggéré d’éviter les mets riches en gras et les sucres simples qui peuvent exacerber la diarrhée.

Quand consulter ?

Mesures d’hygiène ou pas, vous avez contracté la diarrhée? Dans bien des cas, l’hydratation avec des solutions de réhydratation orale (SRO) s’avère suffisante. Il existe des SRO commerciales, exemple le GastrolyteMD, mais il faut suivre attentivement les instructions.

Si les symptômes de la diarrhée sont bénins, la réhydratation orale et la prise de lopéramide (Imodium) devraient suffire. Si ces premières interventions échouent ou lorsque les symptômes s’aggravent, la prise d’antibiotiques pourrait être justifiée. On recommande une consultation médicale lorsqu’une diarrhée sévère ne s’améliore pas après 24-48 heures de traitement antibiotique ou lorsque la déshydratation est sévère. Il faut être particulièrement vigilant en présence de vomissements chez les jeunes enfants qui ont de la diarrhée et chez qui la déshydratation peut survenir plus rapidement.

Sources : INSPQ, Diarrhée des voyageurs, dernières modifications : 12 octobre 2018 et site de Proxim

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