Dimanche,  27 septembre 2020  15:25

Il faut qu’il se passe quelque chose !


Il faut qu’il se passe quelque chose !
Isabelle St-Amand

Propriétaire de l'agence Espace Voyages en Montérégie qui emploie une trentaine de conseillers, Isabelle St-Amand roule sa bosse dans l'industrie des voyages depuis 18 ans. Elle a notamment oeuvré du côté de Tours Mont Royal et Varaplaya Tours dans ses premières années avant de laisser libre cours à sa passion pour l'entrepreneuriat.

Moi, ça fait trois mois que je travaille à temps plein à gérer des annulations. Il y a des journées où je suis plus « productive » que d’autres. Hier, par exemple, j’en ai annulé pour 13 000 $. Moins 13 000 $... J’essaie d’en rire, mais ça commence à être dur pour le moral.

Parfois, pour me changer les idées, je m’attaque à d’autres problèmes. J’ai l’embarras du choix. Par exemple, j’ai dû refaire entièrement mes impôts d’entreprise. Les résultats financiers n’étaient plus valides puisque presque tout ce que mes agents avaient facturé avant le 30 novembre 2019, on l’a annulé !

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Attendre…

J’aimerais voir la lumière au bout du tunnel, mais on dirait qu’elle ne fait que reculer. Ça fait trois mois qu’on se pose les mêmes questions. Ça fait trois mois qu’on attend les réponses. On ne fait que ça, attendre !

On attend que les frontières soient rouvertes. On attend que les avertissements du gouvernement soient levés. On attend qu’on abolisse la quarantaine au retour. On attend après les assurances qui n’assurent plus. On attend que l’OPC se prononce sur les crédits. Et je ne parle même pas de l’attente d’un vaccin !

Tant d’incertitude

Si j’ouvrais physiquement mon agence, avec tout ce que ça implique de mesures sanitaires, j’ai l’impression qu’on ne viendrait me voir que pour me poser des questions dont je ne connais pas la réponse. Ou pour me parler, à travers le Plexiglas, de problèmes dont je ne connais pas la solution.

La question des dépôts, par exemple. J’ai un groupe mariage prévu en octobre. Bien sûr, on ignore si l’avertissement gouvernemental sera encore en vigueur en octobre. Ce qu’on sait, par contre, c’est que si les clients annulent maintenant (comme ils le souhaitent), ils perdent leur dépôt. Pas question de crédit, ici. Ils perdent le dépôt, point à la ligne!

On est pris avec ça. Comme on est pris avec les paiements finaux que personne ne veut faire pour les voyages prévus en juillet et août...

Difficile de se conditionner à vendre dans de telles circonstances, avec tant d’incertitude. On ne sent pas tant d’appétit de la part des clients non plus…

Je constate que les fournisseurs tentent de stimuler la demande en lançant des promos. C’est bien beau. Personne ne peut être contre ça ! Sauf que si on lit les petits caractères, la plupart des promotions sont incompatibles avec les crédits voyage ! C’est correct, ça ?

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Quand ça repartira…

Si on ne veut pas faire une croix sur 2020, il faut qu’il se passe quelque chose ! Car là, c’est comme si on nous avait mis en pénitence et qu’on nous avait oubliés ! Combien de temps ça peut durer, ce bénévolat ?

Quand je pense qu’on parle d’une deuxième et même d’une troisième vague !

Je sais que des gens s’amusent à parier sur la date de réouverture. Moi, j’avais misé sur le 1er juillet. Évidemment, je n’y crois plus trop… D’autres prédisent que ce sera le 1er novembre. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Et quand ça repartira – enfin ! –, plusieurs propriétaires d’agence comme moi repartiront… endettés jusqu’au cou. Je ne dis pas qu’on n’a pas apprécié les programmes de prêts parrainés par les gouvernements… Mais ces prêts, il faudra bien les rembourser !

Des aspects positifs ?

Des aspects positifs à la situation actuelle ? Il faut que je me force pour en trouver ! Bon : c’est vrai qu’on a plus de temps à notre disposition…

Alors, oui, j’essaie d’en profiter pour faire plus de formation et pour revoir mes façons de travailler. J’essaie aussi de prendre des nouvelles des gens, de renforcer mes liens, d’en créer de nouveaux... J’ai aussi plus de temps pour m’impliquer au sein de ma communauté professionnelle...

Le plus positif, en ce qui me concerne, est survenu au niveau de la main-d’oeuvre. Mon équipe s'agrandit, ce qui ouvre des portes à de nouveaux projets !

Ça peut paraître étonnant, mais alors même que certains quittent l’industrie pour aller vendre des piscines, d’autres sont plus intéressés que jamais à venir travailler en agence. Comme si la crise renforçait leur vocation plutôt que de les démotiver. Je trouve ça encourageant !

Un dernier aspect « positif » pour conclure ? Il paraît qu’il y a beaucoup de sargasses ces temps-ci sur les plages préférées de nos clients… Le bon côté, c’est qu’il n’y a personne pour s’en plaindre ! Ça nous fait toujours ça de moins à gérer !

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