Faut-il interdire le tourisme ?


Faut-il interdire le tourisme ?
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

La caméra présente le journaliste français Martin Weill, seul (apparemment), sur le site d’Angkor Wat, au Cambodge.

« Il est 6 heures du matin. On dit souvent que c’est la meilleure heure pour découvrir le temple d’Angkor Wat. C’est absolument magnifique. On a presque l’impression d’être seul au monde. Presque… »

La caméra pivote et on constate alors que, loin d’être seul au monde, le reporter globe-trotter est entouré de plusieurs dizaines de touristes armés de téléphone ou de caméra.

« Je ne pensais pas qu’il y aurait une foule pareille ! » s’étonne l’un d’eux, avant que la caméra s’attarde sur des effets malsains du tourisme à Angkor. Comme des graffitis gravés sur des murs érigés au IXe siècle. Ou comme la décharge de Siem Reap, la ville voisine, qui déborde de déchets, alors que la population est passée de 80 000 à 1,7 millions dans la foulée de l’essor touristique…

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Les touristes, une menace pour la planète ?

« 95% des touristes se rendent sur seulement 5 % de la planète », affirme d’entrée de jeu le journaliste dans son reportage intitulé « Faut-il interdire le tourisme ? », qui a été présenté le 11 février dernier sur les ondes de la chaîne française TMC (on peut voir le reportage en ligne sur le site de MyTF1). 


« Nous sommes devenus, nous touristes, une menace pour la planète », affirme aussi Martin Weill, en présentant des images de Venise « submergée par les paquebots de croisières », de l’ascension de l’Everest « devenue une autoroute au premier jour des vacances », ou encore d’animaux – en particulier les éléphants en Thaïlande – victimes de maltraitance pour le plaisir des touristes.

Difficile d’être en désaccord avec le journaliste lorsqu’il prône un tourisme plus responsable. Idem lorsqu’il affirme que les affres du surtourisme seraient évités si les touristes rechignaient moins à sortir des sentiers battus, plutôt que de tous converger vers les Santorin, Barcelone, Dubrovnik et autres lieux considérés comme hautement instagramables.  

Distinguer tourisme et surtourisme

Dans les médias professionnels français de l’industrie, le reportage a cependant été accueilli avec certaines réserves. On a notamment dénoncé son titre un brin racoleur. Chez nos collègues français de TourMag, une chroniqueuse a par ailleurs évoqué « un grand festival d’enfonçage de portes ouvertes » cherchant à culpabiliser les voyageurs.

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En général, on semblait toutefois convenir que s’il ne faut évidemment pas « interdire le tourisme » (comme le suggère le titre du reportage), il convient effectivement de prévenir le surtourisme. La plupart des commentateurs ont d’ailleurs applaudi certaines initiatives présentées dans le reportage :

  • la décision de plusieurs grands acteurs du tourisme de ne plus proposer de promenades à dos d’éléphants.
  • l’établissement de quotas dans certains sites trop fréquentés, notamment Machu Picchu, le Taj Mahal, les îles Similan (dans le sud de la Thaïlande);
  • la fermeture complète (quoique temporaire) de certains sites comme celui de la Maya Bay, devenue beaucoup trop populaire à la suite du film The Beach mettant en vedette Leonardo Di Caprio;
  • l’instauration d’une taxe de séjour quotidienne de 250 $ pour mettre le Bhoutan à l’abri du tourisme de masse.
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