«Y'a-t-il un médecin dans l'avion?» : comment sont gérées les urgences médicales à bord


«Y'a-t-il un médecin dans l'avion?» : comment sont gérées les urgences médicales à bord
Sonia Sachdeva, directrice Sécurité cabine et Formation et Yves Gagnon, directeur de vol adjoint, tous deux d'Air Transat
Marie-Eve Vallières

Marie-Eve est une Montréalaise pour qui le voyage n'a plus de secrets. Ayant vécu à Londres et en France, elle nourrit une soif d'aventure et de découverte depuis maintenant neuf ans. 29 pays plus tard, Marie-Eve continue de bourlinguer à travers le monde.

À peu près tous les voyageurs ont entendu la question à l'intercom à un moment ou à un autre : y'a-t-il un professionnel de la santé à bord de l'avion?

PAX a interrogé Sonia Sachdeva, directrice Sécurité cabine et Formation chez Air Transat, afin de connaitre les procédures et les secrets de la gestion d'urgences médicales à bord d'un appareil... même au-dessus de l'Atlantique!

Quel genre de formation reçoivent les agents de bord et chefs de cabine?

« Les chefs de cabine reçoivent une formation plus complète au niveau du leadership et gestion de cabine. Mais sinon, les agents et les chefs ont accès aux mêmes informations pour les procédures d'urgence, les premiers soins, la sécurité de la cabine, même le service à la clientèle ».

Il faut savoir que ces formations sont encadrées par divers organismes en santé et sécurité.

Par exemple, l'apprentissage des premiers soins est assuré par la Fondation des maladies du coeur du Canada ; la formation sur la gestion de la cabine, elle, est strictement réglementée par Transports Canada.

Ainsi, les agents de bord retournent pour ainsi dire sur les bancs d'école pendant quatre semaines afin de parfaire leurs connaissances sur le sujet avant de pouvoir enfiler leur uniforme. Ils devront par la suite se soumettre à une formation continue annuelle pour être médicalement habiletés à intervenir.

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Quelle est la procédure en cas de décès ou d’incident médical grave?

« Dans le cas d'un incident grave, c'est difficile de savoir à prime abord que c'est grave. Nous prodiguons les premiers soins et évaluons à partir de là. Le poste de pilotage va téléphoner à Medlink, notre service de médecine au sol, qui nous aidera à diagnostiquer le problème. Récemment, un enfant s'est gravement étouffé à bord et grâce aux manœuvres, nous avons été capables de le réanimer ».

Medlink, c'est une vaste organisation mondiale dédiée à l'assistance médicale aéronautique. Ils ont non seulement accès à une équipe de médecins généralistes et spécialistes, mais aussi aux informations techniques de chaque appareil incluant l'équipement et la disposition.

Ainsi, ils ont une vision très globale en cas de problème en prenant en compte les 300 quelques autres passagers à bord.

Or, en cas de décès, c'est plus complexe.

« Ce n'est pas aux agents de bord de décréter un décès. Nous allons prodiguer les soins jusqu'à ce qu'un médecin nous dise d'arrêter. Parfois, il arrive qu'un passager voyage avec un document de type "Do Not Ressucitate", il faut donc valider cette information au préalable mais c'est très, très difficile de le confirmer. En cas de doute, on continuera de prodiguer les soins. »

Si un professionnel de la santé se trouve à bord, doit-il intervenir? Est-il responsable de ses actes?

Au Canada, c'est la loi du bon samaritain qui prime. Et qui les protège : ainsi, un médecin qui se porte volontaire dans une situation d'urgence ne sera pas tenu responsable de ses actes.

Pour ce qui est de l'obligation d'intervenir, Sonia Sachdeva insiste que les réglementations varient d'un pays à l'autre.

« On fera appel aux professionnels de la santé à bord seulement si le passager incapacité présente des symptômes qui vont au-delà de notre champ de compétence. Le cas échéant, le médecin à bord pourra nous assister, toujours en collaboration avec Medlink. ».

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Est-ce arrivé souvent qu’un appareil ait eu à se poser d’urgence?

« C'est Medlink qui décidera de la gravité de la situation et qui dictera si l'on doit se poser d'urgence ou non, selon les installations disponibles à proximité et les autorisations des autorités locales. Au final, c'est le commandant qui prendra la décision de changer de direction ou non ».

Heureusement, la plupart des incidents médicaux peuvent être résorbés à bord de l'appareil par l'équipe de cabine et les professionnels de la santé volontaires.

C'est ainsi plutôt rare qu'un appareil devra se poser d'urgence; par exemple, le dernier incident de cette gravité remonte à plus de six mois.

Quel genre d’équipement médical se trouve à bord?

Sur tous les appareils Transat se trouve un défibrillateur, des trousses médicales de premiers soins avec médicaments habituellement sous prescription, même des intraveineuses, et certains outils comme le tensiomètre et le glucomètre.

Quel est le type d’incident médical le plus fréquent?

À savoir le genre de situation qui se produit le plus souvent, Sonia Sachdeva précise que ce sont surtout des malaises somme toute bénins.

« Les passagers sont excités d'être en voyage, c'est normal! Ils oublient parfois de s'hydrater ou de bien s'alimenter. Ils ont donc soif et faim, souvent en plus d'être fatigués et stressés par le départ. Là-dessus, nous sommes tous pareils! ».

Morale de l'histoire : il ne faut pas oublier de se nourrir et de s'hydrater, même et surtout en avion!

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