Mercredi,  18 septembre 2019  20:52

Vivement la charte des voyageurs ? Pas si vite !


Vivement la charte des voyageurs ? Pas si vite !
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

En principe, la charte des droits des passagers aériens devrait entrer en vigueur durant l’été. 

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« Nous travaillons sur ce règlement depuis plus de deux ans. J’ai hâte de le dévoiler », a déclaré sur CBC le ministre des Transports Marc Garneau.

Plusieurs voix s’inquiètent pourtant de l’empressement d’Ottawa dans ce dossier. Parmi elles, celle de Massimo Bergamini, PDG du Conseil national des lignes aériennes du Canada (CNLA). Cette association, rappelons-le, représente les plus grands transporteurs aériens de passagers du Canada, dont Air Canada, Air Transat, Jazz et WestJet.

Dans une lettre ouverte, Massimo Bergamini prédit même un gâchis semblable à celui du système de paye Phénix si le gouvernement ne ralentit pas la cadence quant à la mise en œuvre hâtive du Règlement sur la protection des passagers aériens (RPPA) – c’est le vrai nom de la charte.

Selon lui, avec un lancement hâtif, Ottawa ne réussira pas à atteindre son objectif de protéger les consommateurs.

« Nous ne voulons pas que nos passagers aient à payer la note pour l’impatience du ministre. »

L’impatience, mauvaise conseillère

Massimo BergaminiAvec un brin de malice, Massimo Bergamini observe que l’impatience du ministre est compréhensible « dans un contexte d’élections générales imminentes ».

Toutefois, en tant qu’ancien astronaute ayant effectué trois missions en navette, le ministre Garneau devrait savoir que l’impatience n’a pas de place dans la planification ou l’exécution d’un lancement réussi, affirme-t-il.

« Même avec le monde entier comme auditoire, des lancements de navettes ont été retardés des douzaines de fois à l’étape des vérifications de lancement – ce qui prouve que parfois, la plus grande vertu est de savoir quand dire lancement retardé. »

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Selon le PDG du CNLA, au-delà du « symbolisme primaire », rien dans la situation actuelle du transport aérien au Canada ne justifie l’adoption précipitée de mesures exceptionnelles, alors qu’elles ne sont pas encore au point.

« Les transporteurs aériens déplacent plus de 350 000 passagers au Canada chaque jour. C’est presque l’équivalent de la population de la ville de Toronto – chaque femme, homme et enfant – chaque semaine. Pour la vaste majorité de ces voyageurs, le vol se déroule comme prévu », note-t-il.

Le temps se fait court

Plus précisément, le CNLA affirme que le projet de règlement n’est pas suffisamment clair pour que les compagnies aériennes puissent le traduire en pratiques commerciales quotidiennes. Sa mise en œuvre nécessitera plus de temps en raison des nouveaux systèmes et des nouvelles procédures qui devraient être mis en place.

De plus, toujours selon le CNLA, le projet de règlement est souvent contraire aux réalités fonctionnelles des compagnies aériennes qui évoluent sur la scène mondiale.

« Les compagnies aériennes ne peuvent commencer à modifier leurs systèmes, procédures et politiques d’information et de communication, ou à élaborer et livrer des séances de formation pour des dizaines de milliers d’employés avant même de savoir avec certitude ce qu’elles doivent faire », plaide le PDG.

Massimo Bergamini relève par ailleurs que le CNLA n’est pas seul à critiquer l’empressement d’Ottawa. En plus de transporteurs aériens, d’aéroports canadiens, et d’un important syndicat canadien, même l’IATA et l'Airlines for America (A4A) ont demandé au gouvernement « de ralentir la cadence et de bien faire les choses ».

« Nous demandons au ministre Garneau de faire preuve de patience et prendre le temps qu’il faudra pour assurer un lancement réussi », conclut-il.

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