Vente de Transat : ce que cela implique pour vos clients


Vente de Transat : ce que cela implique pour vos clients
Marie-Eve Vallières

Marie-Eve est une Montréalaise pour qui le voyage n'a plus de secrets. Ayant vécu à Londres et en France, elle nourrit une soif d'aventure et de découverte depuis maintenant neuf ans. 29 pays plus tard, Marie-Eve continue de bourlinguer à travers le monde.

À peu près tous les éditorialistes québécois ont couché sur papier leur analyse et leurs impressions suite à l'annonce-choc qu'Air Canada achetait Transat. Le mot d'ordre sur la grande majorité des tribunes : les jeux ne sont pas encore faits.

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Rappelons, d'une part, que seule une intention d'achat a été formulée. Avec l’entente annoncée jeudi, Air Canada dispose de 30 jours pour matérialiser son offre. Les surenchères ne sont pas exclues, surtout de la part de WestJet qui profite depuis lundi de coffres drôlement mieux garnis — décidément, les turbulences secouent l'aviation canadienne cette semaine! — ainsi que des autres investisseurs québécois ayant démontré leur intérêt.

En réaction à l’annonce de négociations entre Transat et Air Canada, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a réagi :

« Ce genre de transaction dépend de plusieurs conditions telles que l’approbation de la Cour et des actionnaires, ainsi que l’obtention de certaines approbations réglementaires, dont l’approbation au titre de la Loi sur les transports au Canada […] Il est probable qu’il s’agira d’une transaction devant faire l’objet d’un avis conformément à la Loi sur la concurrence. Dans ce cas, le ministre des Transports détermine si une évaluation de l’intérêt public est justifiée. Toutes informations présentées par les parties impliquées seront évaluées par Transport Canada », explique le ministre au Devoir.

Et si elle devait être acceptée par Transat, la transaction devra par la suite être approuvée par le Bureau de la concurrence. Plusieurs experts affirment qu'Air Canada devra faire preuve de créativité dans sa gymnastique financière afin de démontrer hors de tout doute que les consommateurs bénéficieront de cette consolidation historique. 

Advenant que ce scénario se concrétise, quel genre d'impact peut-on prévoir sur vos ventes et vos clients ? PAX s'est penché sur la question.

L'inévitable hausse des prix

Déjà, un triste constat : en matière de tarifs aériens, le Canada se classe en 97e position sur 130 pays, selon un rapport du Forum économique mondial. Nous vivons donc dans l'un des endroits où voyager coûte le plus cher et nul besoin d'être Nostradamus pour affirmer que les tarifs ne feront qu'augmenter si la transaction venait à se matérialiser.

Une réduction de l'offre, ou à tout le moins une réduction des joueurs, aura comme inévitable effet de gonfler le prix des sièges au départ du Canada.

À l'heure actuelle, Transat et Air Canada contrôlent à eux seuls près des deux tiers des trajets sur le segment transatlantique; les transporteurs européens, par exemple British Airways, Air France - KLM, Lufthanasa et Corsair, demeurent empiriquement marginaux. Cette proportion diminue à environ 50% sur le marché Sud, grâce à la présence de Sunwing et de WestJet.

Les hausses de prix, si elles devaient se produire, toucheraient donc davantage les vols vers l'Europe que les forfaits Sud.

Marc Garneau, a toutefois rappelé que « notre gouvernement continue d’appuyer les droits des voyageurs canadiens à travers une meilleure qualité et offre de services ainsi que des plus bas prix ».

Une offre moins éclatée ?

Air Canada ne profitera pas seulement d'une main-mise sur le marché : il verra sa flotte bonifiée d'appareils plus modernes et plus performants sur le plan énergétique.

Mais plusieurs experts estiment que c'est d'abord le dynamisme et la créativité de Transat qui ont séduit le transporteur à la feuille d'érable. Reconnue pour son esprit entrepreneurial, notamment au niveau des opérations voyagistes, Transat a défriché plusieurs destinations jusqu'ici ignorées par les transporteurs nord-américains et a su, à la dure, faire sa place au sein d'une industrie ultra-exigeante.

Est-ce qu'Air Canada, et par extension les voyageurs canadiens, profiteront de cette vivacité une fois la transaction complétée ?

Dans l'immédiat

« Il n'y a rien qui change aujourd'hui, a tenu à préciser à La Presse Christophe Hennebelle, vice-président aux ressources humaines et aux affaires publiques de Transat. Les contrats et les réservations seront honorés. »

La transaction n'a toujours pas été conclue officiellement, ni par les principaux intéressés, ni par le Bureau de la concurrence. Les forfaits de vos clients achetés sous l'enseigne Transat, ainsi que les vols secs d'Air Transat, demeurent inchangés jusqu'à nouvel ordre.

Plusieurs autres questions demeurent pour le moment sans réponse :

  • Est-ce que Transat sera une aile distincte d'Air Canada ou elle sera absorbé par les opérations de Rouge ?
  • Qu'en est-il du développement hôtelier amorcé par Transat ?
  • Est-ce que les dessertes régionales, notamment au départ de Québec vers l'international, seront maintenues ?
  • Et les vols vers Toronto et Vancouver, eux, seront-ils également intégrés par Air Canada ?
  • La véritable plaque tournante d'Air Canada étant à Toronto, est-ce que les opérations seront rapatriées là-bas ?
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