«Si les gouvernements sont incapables d’ouvrir leurs frontières, il faudra qu’ils ouvrent leur portefeuille»


«Si les gouvernements sont incapables d’ouvrir leurs frontières, il faudra qu’ils ouvrent leur portefeuille»
Alexandre de Juniac, directeur général et chef de la direction de l’IATA.

L’IATA n’espère plus que les compagnies aériennes auront des flux de liquidités positifs au quatrième trimestre de 2021. À l’échelle de l’industrie, on prévoit maintenant que les compagnies aériennes n’auront pas de flux positifs avant 2022.

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Selon l’IATA, il est déjà manifeste que la première moitié de 2021 sera pire que ce qu’on prévoyait. Cela est attribuable au fait que les gouvernements ont resserré les restrictions de voyage en réaction aux nouveaux variants de la COVID-19.

Les réservations pour l’été (juillet-août) sont inférieures de 78% à ce qu’elles étaient en 2019 (les comparaisons avec 2020 sont biaisées en raison des impacts de la COVID-19).

Deux scénarios : un optimiste et un pessimiste…

En tenant compte du faible départ en 2021, l’IATA imagine deux scénarios.

Le scénario optimiste prévoit que les restrictions de voyage seront graduellement levées une fois que les populations vulnérables dans les économies développées seront vaccinées, mais seulement à temps pour faciliter la demande mitigée durant la haute saison d’été dans l’hémisphère Nord. Dans ce cas, la demande en 2021 représenterait 38 % de la demande de 2019.

Le scénario pessimiste prévoit plutôt le maintien par les gouvernements d’importantes restrictions de voyage durant la haute saison d’été dans l’hémisphère Nord. Dans ce cas, la demande en 2021 représenterait seulement 33% de la demande de 2019.

« Il faudra une aide d’urgence supplémentaire de la part des gouvernements »

« Alors que les gouvernements ont resserré les restrictions frontalières en 2021, l’année s’annonce beaucoup plus difficile que ce qu’on prévoyait. Notre scénario optimiste prévoit que les compagnies aériennes vont consommer 75 G$ US de liquidités cette année [scénario optimiste]. Et cela pourrait aller jusqu’à 95 G$ US [scénario pessimiste]. Il faudra une aide d’urgence supplémentaire de la part des gouvernements », a déclaré Alexandre de Juniac.

Le directeur général et chef de la direction de l’IATA souligne qu’une industrie aérienne fonctionnelle pourrait, éventuellement, stimuler la reprise économique après la COVID-19… Mais cela n’arrivera pas si on assiste à des faillites massives avant la fin de la crise !

« Si les gouvernements sont incapables d’ouvrir leurs frontières, il faudra qu’ils ouvrent leur portefeuille pour fournir de l’aide financière afin que les compagnies aériennes demeurent viables », enchaîne M. de Juniac.

Réfléchir d’avance

« Avec les bonnes nouvelles sur les vaccins et l’accroissement des capacités de test, il y a une petite lueur au bout du tunnel », reconnaît néanmoins le DG de l’IATA.

Toutefois, il importe de « réfléchir d’avance aux plans, aux outils et aux normes nécessaires pour relancer l’aviation » après une année ou plus de perturbation, dit-il.

À cet égard, l’Association mentionne un bon exemple de planification : le Royaume-Uni « qui a établi une structure de réouverture basée sur l’amélioration de la situation de la COVID-19 ».

Les vaccins, les tests… et le Travel Pass de l’IATA

Par ailleurs, selon l’IATA, il devient manifeste que les vaccins et les tests vont jouer un rôle à mesure que la pandémie sera maîtrisée et que les économies se rétabliront, y compris dans le secteur des voyages.

L’Association profite de l’occasion pour faire valoir son Travel Pass – qui « va permettre aux voyageurs d’avoir la maîtrise de leurs données de santé et de les partager avec les autorités compétentes ».

La liste des compagnies aériennes ont effectué des essais du système Travel Pass de l’IATA (ou se sont engagées à le faire) ne cesse de s’allonger et comprend maintenant Air New Zealand, Copa Airlines, Etihad Airways, Emirates, Qatar Airways, Malaysia Airlines, RwandAir et Singapore Airlines.

« L’application Travel de l’IATA va contribuer à placer la barre très haute en matière de gestion des attestations de santé, de protection contre les fraudes, et de mise en place de processus de voyage pratiques », assure M. de Juniac.

« Bien qu’il existe plusieurs solutions sur le marché, il ne doit y avoir aucun compromis sur les éléments fondamentaux, sinon nous risquons de nous retrouver avec des systèmes défaillants, des gouvernements et des voyageurs déçus et un redémarrage retardé », ajoute-t-il.

Vivement des normes mondiales !

En prévision du redémarrage, l’IATA plaide aussi en faveur de l’adoption de normes mondiales pour l’enregistrement des tests et des vaccins.

« La rapidité est critique. Les résultats de test de COVID-19 frauduleux sont déjà un problème. Et alors que les programmes de vaccination se mettent en marche, les gouvernements utilisent des processus papier et des normes numériques différentes pour enregistrer les personnes vaccinées », relève Alexandre de Juniac.

Selon lui, ce ne sont pas les conditions qu’il faut pour soutenir adéquatement le redémarrage au moment où les gouvernements rouvriront les frontières.

« L’OMS, l’OACI et l’OCDE travaillent à l’élaboration de normes, mais chaque jour sans norme rend le défi plus difficile. Il faut une conclusion rapide par les autorités compétentes, à partir de laquelle l’industrie pourra faire sa planification », conclut-il.

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