Le prix d’un Big Mac et… le transport aérien !


Le prix d’un Big Mac et… le transport aérien !
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

Si PAX vous parle aujourd’hui du Big Mac, ce n’est surtout pas pour se lancer dans la critique gastronomique. C’est parce que l’IATA s’y intéresse aussi !

Vous connaissez l’indice Big Mac ? Cette mesure du pouvoir d’achat (inventée en 1986 par le magazine The Economist) démontre notamment que l’achat d’un de ces hamburgers coûte l’équivalent d’environ 10 $ CAN en Suisse, mais seulement 1,60 $ en Ukraine. Au Canada, on parle d’environ 6 $.

Dans une note économique diffusée récemment, l’IATA soulignait justement que le bénéfice par passager des compagnies aériennes devrait s’établir à 6,12 $ en 2019.

« Le bénéfice aérien par passager n’est pas suffisant pour acheter un Big Mac en Suisse », se désolait donc l’IATA, le 7 juin dernier.

Les compagnies aériennes pourraient peut-être se consoler au Canada, pays où leur bénéfice aérien par passager leur permettrait (de justesse) d’acheter un Big Mac. Mais là n’est pas la question !

« L’argent n’est pas facile à gagner »

Si l’IATA s’intéresse tant au Big Mac, c’est surtout pour illustrer la petitesse du bénéfice par passager des compagnies aériennes. Pensez-y : à peine plus de 6 $.

Ce montant représente la différence entre les recettes moyennes par passager (189 $, incluant le tarif de base et les frais accessoires) et les coûts moyens par passager (183 $, incluant le coût des appareils, le carburant, la main-d’œuvre, les redevances d’atterrissage, etc.).

Pire encore : le bénéfice aérien par passager semble tendre vers la baisse puisqu'il était de 6,85 $ en 2018. Or, l'IATA prédit que les coûts de l’aviation dans l’ensemble devraient augmenter de 7,4 % en 2019, alors que les recettes ne devraient progresser, pour leur part, que de 6,5 %.

« Les compagnies aériennes vont quand même générer des bénéfices cette année, mais l’argent n’est pas facile à gagner », a commenté Alexandre de Juniac, directeur général et chef de la direction de l’IATA.

Il suffirait de presque rien

L’IATA souligne aussi que ça ne prendrait pas grand-chose pour réduire à néant le bénéfice net de 6,12 $ actuellement prévu pour 2019. Une hausse de 3 % des dépenses suffirait.

Or, de nombreuses menaces planent sur l’aviation, à commencer par l’augmentation des coûts du pétrole, de la main-d’œuvre, des infrastructures… L’IATA évoque aussi l’âpre concurrence que se livrent les compagnies aériennes, ainsi que l’affaiblissement du commerce mondial – affaiblissement qui risque de s’accentuer encore avec l’intensification de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine…

L’IATA a déjà révisé à la baisse ses prévisions sur les profits de l’industrie aérienne mondiale en 2019. Ils devraient s'établir à 28 G$ plutôt que les 35,5 G$ prévus en décembre 2018. Néanmoins, tout n’est pas complètement noir.

Après tout, ce bénéfice net après impôts de 28 G$ prévu pour 2019, ça reste beaucoup d’argent ! Ce serait même serait le cinquième plus gros bénéfice jamais réalisé par l’industrie du transport aérien !

Et si on se comparait à Google ?

L’IATA s’en félicite… mais note du même souffle que le bénéfice combiné de l’ensemble des compagnies aériennes en 2019 devrait être inférieur à celui que Google a réalisé, à elle seule, l’an dernier (30 G$).

Et pour générer leurs 28 G$ de profit, les compagnies aériennes devront transporter plus de 4,5 milliards de passagers cette année.

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