L’acquisition de Transat par Air Canada entraînerait-elle des hausses de prix ?


L’acquisition de Transat par Air Canada entraînerait-elle des hausses de prix ?

Plusieurs s’inquiètent de ce que l’acquisition proposée de Transat par Air Canada (si elle se réalise) entraîne d’éventuelles hausses de prix. Cependant, l’Institut économique de Montréal (IEDM) ne partage pas cette opinion.

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Dans un billet récemment publié sur le site du groupe de réflexion indépendant sur les politiques publiques, l’analyste Krystle Wittevrongel reconnaît que l’acquisition de Transat par Air Canada augmenterait la part de marché d’Air Canada.

Elle rappelle d’ailleurs que, selon le Bureau de la concurrence, l’acquisition de Transat par Air Canada « entraînerait une diminution des options disponibles, ainsi qu’une augmentation des prix pour les passagers, du fait de l’accroissement de la part de marché d’Air Canada ».

Pour sa part, Krystle Wittevrongel ne croit toutefois pas en cette équation.

Plus grosse part de marché ne signifie pas moins de concurrence

Citant une étude de l’IEDM, l’analyste assure que la part de marché d’une entreprise, même si elle est considérable, ne se traduit pas nécessairement par une diminution de la concurrence.

« Les entreprises qui dominent un marché sont susceptibles d’avoir acquis leur position en raison de leur efficacité, de l’amélioration de la qualité de leurs produits et de la réduction des prix », remarque-t-elle.

Dans ce contexte, une entreprise dominante n’a pas intérêt à augmenter excessivement ses prix (ou à diminuer la qualité de son produit), car en le faisant, elle encouragerait ses concurrents à conquérir sa part de marché.

« Un niveau de concentration élevé peut donc avoir pour conséquence de faire bénéficier les consommateurs d’un accès à des biens moins chers et de meilleure qualité, en plus des avantages liés à l’innovation », soutient Krystle Wittevrongel.

Le vrai problème : les « barrières à l’entrée »

« Tant la théorie économique que les données empiriques suggèrent que ce sont les barrières à l’entrée, plutôt que la taille et le nombre d’entreprises sur un marché, qui importent », écrit Mme Wittevrongel.

Quand on parle de « barrières à l’entrée » au sein du secteur aérien, on parle notamment de la Loi sur les transports au Canada, explique l’analyste. Selon elle, cette Loi limite explicitement la concurrence étrangère en interdisant tout transport de passagers entre les aéroports canadiens par des opérateurs étrangers.

« Concrètement, cela signifie qu’un transporteur non canadien ne peut embarquer des passagers à Winnipeg pour les déposer à Montréal, puis embarquer de nouveaux passagers à Montréal à destination d’Amsterdam », illustre Mme Wittevrongel.

L’analyste souligne que le Bureau de la concurrence a lui-même reconnu que les barrières à l’entrée dans le secteur aérien au Canada sont généralement élevées.

Elle rappelle aussi qu’en 2019, un rapport du Forum économique mondial sur la compétitivité du secteur du voyage et du tourisme a confirmé cette impression. Ledit rapport plaçait le Canada au 61rang (sur 140) pour l’ouverture internationale et au 107e pour la compétitivité des prix !

« De telles barrières à la concurrence – issues de mesures gouvernementales, et non du marché ou de sa domination par un seul concurrent – ont généralement pour effet d’augmenter artificiellement le prix des billets d’avion », affirme Krystle Wittevrongel.

Éliminer les barrières au Canada… et à l’étranger

Cela dit, l’analyste de l’IEDM reconnaît que des barrières semblables existent également dans bon nombre d’autres pays. Elle convient en outre que cela restreint l’environnement concurrentiel des transporteurs aériens canadiens à l’étranger.

« Si nous souhaitons réellement améliorer le sort des consommateurs, nous devons veiller à l’élimination de ces barrières à l’entrée, tant au Canada qu’à l’étranger », dit-elle.

Quant au danger de hausse de prix que représenterait l’acquisition de Transat par Air Canada du fait de sa part de marché accrue…

« Limiter artificiellement la part de marché d’Air Canada au pays ne ferait que nuire à la compétitivité du transporteur aérien face à des acteurs encore plus importants sur le marché international », conclut Krystle Wittevrongel.


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