Samedi,  7 décembre 2019  23:52

Canada Jetlines ne se lance pas... mais lance des poursuites


Canada Jetlines ne se lance pas... mais lance des poursuites
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

Ça va plutôt mal pour Canada Jetlines ! Le transporteur à très bas prix prévoyait de recevoir ses deux premiers Airbus 320 ce mois-ci, puis de lancer ses opérations le 17 décembre. Mais ça n’arrivera pas.

En effet, on apprenait récemment que Jetlines ne peut plus compter sur le financement de 40 M$ que s’étaient engagés à lui verser ses partenaires SmartLynx et InHarv ULCC Growth Fund. Jetlines n’est pas parvenue à remplir les conditions de ce financement.

Aucune nouvelle date de lancement ne sera annoncée jusqu'à ce que Jetlines obtienne le financement nécessaire.

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Dans l’intervalle, la plupart des contrats signés pour les systèmes des compagnies aériennes ont été mis en attente. Les procédures entamées auprès de Transports Canada afin d’obtenir le certificat d’exploitant aérien sont également suspendues.

Tandis que le directeur général de Jetlines, Javier Suarez, a démissionné, la Société se doit de licencier la plupart de ses employés, hormis une équipe centrale dirigée par le président exécutif du conseil, Mark Morabito. (Jetlines dit avoir l'intention de réembaucher ses employés une fois que les fonds nécessaires auront été obtenus.)

Abus de position dominante ?

Parallèlement, Mark Morabito continue à rencontrer les investisseurs cherchant à obtenir un financement.

Jetlines explique avoir des difficultés à trouver des investisseurs en raison des appréhensions de ces derniers vis-à-vis de la réaction des « membres dominants du duopole canadien de l’aviation » (sous-entendu Air Canada et WestJet) face à l’arrivée d’un nouveau concurrent.

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Jetlines laisse entendre que ces réactions « agressives » auraient même déjà commencé. À ce chapitre, la compagnie pointe particulièrement du doigt les prix jugés exagérément bas de Swoop et l’augmentation rapide de sa capacité.

Selon Jetlines, Swoop tente ainsi de dissuader Jetlines d’entrer sur son marché. Jetlines a déjà dénoncé ce qu’elle qualifie d’« abus de position dominante » devant le Bureau de la concurrence.

Qui plus est, Jetlines a aussi engagé une procédure judiciaire, aux États-Unis, contre le cofondateur de WestJet, David Neeleman, et ses affiliés. Présentée auprès du tribunal de grande instance (District of Connecticut), l’affaire porte sur une présumée ingérence délictueuse dans les affaires prévues de la compagnie et sur une violation à la loi du Connecticut sur les pratiques commerciales déloyales.

Le premier ULCC au Canada

Rappelons que Canada Jetlines souhaite devenir la première véritable compagnie aérienne à très bas prix (ULCC) du Canada. L’entreprise envisage d’exploiter des vols à l’échelle du Canada, y compris au Québec, et de fournir un service ininterrompu vers les États-Unis, le Mexique et les Caraïbes, grâce à une flotte d’Airbus A320.

Le lancement des activités de la compagnie aérienne demeure cependant subordonné à l’obtention des approbations réglementaires et à l’achèvement du financement.

Rappelons aussi que, conformément au modèle d’affaires des ULCC, Jetlines entend privilégier la vente directe et ne cherchera pas à collaborer avec le réseau de distribution.

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