Bagages à main en cas d'urgence : « Transports Canada doit agir maintenant »


Bagages à main en cas d'urgence : « Transports Canada doit agir maintenant »
Le Superjet 100 d’Aeroflot en feu à son atterrissage le 5 mai dernier à l’aéroport de Moscou-Sheremetyevo
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

On a tous encore en tête ces images terrifiantes du Superjet 100 d’Aeroflot prenant feu à son atterrissage le 5 mai dernier à l’aéroport de Moscou-Sheremetyevo. Si les images de cet accident (qui a entraîné la mort de plus de quarante passagers) étaient choquantes, plus choquantes encore ont peut-être été celles de survivants évacuant l’appareil… avec leurs bagages ! L’affaire a eu des échos jusqu’au Canada.

Laissez vos bagages !

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente les agents de bord d'Air Canada, exhorte ainsi Transports Canada à mettre en œuvre immédiatement la recommandation faite il y a deux ans par le Bureau de la sécurité des transports (BST) pour inciter les passagers à laisser leurs bagages à main derrière lors d'une situation d'urgence.

La recommandation du BST était que les séances d'information sur la sécurité à l'intention des passagers (données au début du vol) comprennent spécifiquement l'instruction de ne pas emporter les bagages à main lors d'une évacuation.

Atterrissage en catastrophe à Halifax

Cette recommandation faisait suite à l'atterrissage en catastrophe du vol 624 d'Air Canada, à Halifax, le 29 mars 2015. Peu après minuit, en pleine tempête de neige, un Airbus 320 avait sectionné des lignes de transport d’électricité et percuté le sol à plusieurs reprises avant de s’immobiliser.

Les occupants avaient évacué l’aéronef au moyen des glissières autogonflantes. Vingt-cinq blessés avaient dû être transportés à l’hôpital. L’aéronef avait été détruit.

Par chance, l’accident n’avait pas causé de mort, mais l’enquête du BST avait fait ressortir plusieurs facteurs quant aux risques concernant la sécurité des passagers.

« Pour éviter les retards, les passagers ne doivent pas emporter leurs bagages de cabine durant une évacuation », avait indiqué le BST, qui relevait aussi l'importance « que les passagers soient attentifs aux exposés sur la sécurité avant le vol, qu’ils prennent connaissance de la carte des mesures de sécurité et qu’ils portent des vêtements appropriés pour la saison ». 

Rien de prévu jusqu’à maintenant

Plusieurs mesures ont été adoptées dans la foulée du rapport du BST en mai 2017. Mais pas celle concernant les bagages à main en cas d'urgence.

Wesley Lesosky

« Au moment de l'accident d'Halifax, les 132 passagers et les 5 membres d'équipage s'en sont sortis sains et saufs, mais ce ne sera pas toujours le cas si la question des bagages à main n'est pas réglée sur tous les appareils canadiens », a déclaré Wesley Lesosky, président de la composante d'Air Canada du SCFP.

Malgré la recommandation du BST, Transports Canada ne prévoit encore aucune mesure réglementaire qui obligerait les opérateurs à indiquer clairement aux passagers qu’ils ne doivent pas emporter leurs bagages à main lors d'une évacuation. Ce que dénonce le SCFP.

« Le récent écrasement d'un appareil d'Aeroflot, au cours duquel les passagers ont ralenti l'évacuation en récupérant leurs bagages alors qu'il y avait un incendie à bord n'est qu'un autre exemple de la nécessité de resserrer la réglementation pour assurer la sécurité des passagers et des membres d'équipage », souligne Wesley Lesosky.

La composante d'Air Canada du SCFP souligne ne pas être seule à se préoccuper que les bagages à main ne soient pas un obstacle à la sécurité lors des évacuations. L'Association professionnelle des agents de bord aux États-Unis livre le même combat. Quant au SCFP, il demande à Transports Canada de former un groupe de travail pour élaborer des solutions.

« Le gouvernement fédéral ne peut pas attendre qu'une autre tragédie se produise. Transports Canada doit agir maintenant », insiste Wesley Lesosky.

Critiques sur les médias sociaux

Le comportement des passagers qui ont évacué l’appareil avec les sacs ou valises qu’ils avaient emportés en cabine lors de l’accident du vol SU1492 d’Aeroflot survenu le 5 mai à Moscou avait soulevé de nombreuses et virulentes critiques, notamment sur les médias sociaux.

Mais si les passagers survivants ont pu être pointés du doigt en ce qui concerne le nombre de victimes, plusieurs décisions des pilotes ont aussi été mises en cause. On a notamment reproché aux pilotes d’avoir décollé en direction d’un orage, de ne pas avoir vidé le carburant avant l’atterrissage, d’avoir atterri à trop grande vitesse, de ne pas avoir éteint les moteurs aussitôt après l’incendie, etc.

Selon les autorités aéroportuaires moscovites, les pompiers sont arrivés sur les lieux deux minutes après l’écrasement et l’incendie a été éteint 18 minutes plus tard.

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