Aviation canadienne : moins d’accidents, mais encore plusieurs enjeux de sécurité


Aviation canadienne : moins d’accidents, mais encore plusieurs enjeux de sécurité
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

Le Rapport annuel 2018-2019 du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a été déposé avant-hier (17 juillet) au Parlement. Il présente au moins une bonne nouvelle : la tendance à la baisse des 10 dernières années au chapitre des accidents d'aviation s'est maintenue en 2018.

En 2018 : 201 accidents, dont 23 mortels, 38 décès 

« En 2018, 201 accidents d'aviation ont été signalés au BST. Ce nombre représente une baisse de 19 % par rapport à 2017, et il est inférieur de 25 % à la moyenne annuelle de 267 accidents enregistrée de 2008 à 2017 », se réjouit le BST.

Le Bureau précise quand même que, parmi les 201 accidents d'aviation enregistrés en 2018, quelque 23 se sont avérés mortels. Ils ont même entraîné 38 décès ! Du même souffle, le BST souligne toutefois que cela est inférieur aux moyennes annuelles de la dernière décennie, qui étaient de 55 décès et de 32 accidents mortels.

On notera que la grande majorité des accidents aériens survenus en 2018 impliquaient des avions privés : 134 sur 201. Reste que 66 des accidents impliquaient des avions commerciaux...

Ces enjeux de sécurité qui persistent… 

Même s’il constate avec satisfaction que la tendance est positive en matière de sécurité dans le domaine du transport aérien, le BST demeure préoccupé par quelques grands enjeux de sécurité. Parmi ceux-ci : le risque de collision sur les pistes, les sorties en bout de piste et la gestion de la fatigue des équipages.

Ces enjeux font d’ailleurs partie de la 5e Liste de surveillance du BST. Cette liste se veut un appel à l'action du gouvernement et de l'industrie face aux enjeux de sécurité qui persistent.

Risque de collision sur les pistes

En 2018-2019, le BST a ainsi procédé à une vaste enquête sur 27 incursions sur piste qui se sont produites, de juin 2012 à novembre 2017, entre deux pistes parallèles rapprochées à Toronto Pearson (le « complexe sud »).

Exemple d'une situation pouvant mener à une incursion sur piste (Source : BST)

Au terme de cette enquête, le Bureau a formulé plusieurs recommandations le 31 janvier dernier à l’endroit de NAV Canada, de Transports Canada et la Federal Aviation Administration des États-Unis (FAA), et de l'Autorité aéroportuaire du Grand Toronto (GTAA). Toutefois, on ignore encore si ces recommandations seront suivies !

« Dès que les intervenants auront déposé leurs réponses à ces recommandations, le Bureau les examinera et publiera son évaluation », indique-t-on.

Entre-temps, le BST précise que le risque que posent les incursions sur piste n’est pas exclusif au « complexe sud » de YYZ. D’ailleurs, en 2018-2019, trois autres enquêtes ont été amorcées après des incursions survenues à d’autres endroits, dont YUL. On attend le résultat de ces enquêtes.

Sorties en bout de piste

Les sorties en bout de piste sont également une grande préoccupation pour le BST.


Le Bureau recommande à Transports Canada d'exiger que toutes les pistes de plus de 1800 mètres soient pourvues d'une aire de sécurité d'extrémité de piste de 300 mètres (ou d'un autre moyen d'immobilisation des aéronefs offrant un niveau de sécurité équivalent). Malheureusement, la mise en œuvre de ces solutions tarde…

« Vu les délais à mettre en œuvre des solutions appropriées, les sorties en bout de piste continuent de se produire, ce qui expose les passagers de vols commerciaux au Canada à des risques inutiles », déplore le BST.

Le Bureau continuera de surveiller les progrès réalisés face à sa recommandation.

Gestion de la fatigue

Autre préoccupation figurant sur la Liste de surveillance du BST : la gestion de la fatigue.


« Depuis le début des années 1990, le BST a déterminé que l'affaiblissement des capacités par la fatigue a été un facteur contributif ou un risque dans au moins 34 événements de transport aérien », indique le Bureau.

À titre d’exemple, le BST évoque « le quasi-atterrissage d'un aéronef d'un grand transporteur aérien canadien » [Air Canada] sur une voie de circulation à San Francisco en septembre 2018. La fatigue du pilote avait été mise en cause par le National Transportation Safety Board des États-Unis.

À la suite des recommandations du BST, Transports Canada a annoncé un nouveau règlement sur la fatigue en décembre 2018. Le Bureau surveillera la mise en œuvre de ce nouveau règlement.

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