Samedi,  26 septembre 2020  10:15

Une « faille » dans les règles frontalières révélée alors qu'Ottawa décourage les voyages internationaux?


Une « faille » dans les règles frontalières révélée alors qu'Ottawa décourage les voyages internationaux?
Michael Pihach

Michael Pihach est un acteur actif de l'industrie des médias au Canada depuis plus de 10 ans. Il a débuté sa carrière en tant que journaliste et éditeur pour diverses publications, telles que le Toronto Xtra! et les magazines IN, ainsi que le magazine 2B à Montréal.

« Attendez, je pensais que la frontière était fermée ? »

C'est du moins ce que certains Canadiens ont été amenés à croire en ce qui concerne les voyages aux États-Unis.

Le jeudi 11 juin, le gouvernement canadien a publié un avis sur les réseaux sociaux, rappelant aux citoyens d'éviter les voyages non essentiels à l'extérieur du Canada - une disposition qui a été introduite pour la première fois en mars.

« Notre avis officiel est en vigueur jusqu'à nouvel ordre », indique le communiqué, qui a été publié sur la page Facebook et le compte Twitter « Voyage.gc.ca : Conseils du gouvernement du Canada à l’intention des voyageurs » à Ottawa.


On se demande si le gouvernement devançait ce qui allait arriver.

Le lendemain, le 12 juin, CBC News a publié un article révélant une « faille » dans le système frontalier qui autorise les Canadiens à entrer aux États-Unis pendant la pandémie à des fins de loisirs, malgré les ordres d'Ottawa, tant qu'ils voyagent en avion.

En d'autres termes, voyager aux États-Unis par voie terrestre - en voiture, en train ou en bateau, par exemple - n'est pas autorisé, alors que l'entrée par voie aérienne l'est.

Cela peut en surprendre certains, étant donné que les messages dans les médias canadiens, jusqu'à présent, correspondent plus ou moins aux mises à jour télévisées du premier ministre Justin Trudeau - que la frontière canado-américaine est, oui, fermée aux  voyages non essentiels (probablement jusqu'à fin juillet, voire plus).

LIRE PLUS : La fermeture de la frontière canado-américaine serait prolongée jusqu'à la fin juillet

Différents pays, différentes règles

La disparité des règles sur les frontières aériennes et terrestres n'a pas vraiment été entièrement expliquée, mais les faits sont là.

Air Canada, pour sa part, a repris ses services aux États-Unis le 22 mai et certains transporteurs américains proposent également des vols entre le Canada et les États-Unis.

Air Canada a repris son service aux États-Unis le 22 mai.

Il y a aussi un hic : les Canadiens peuvent voler aux États-Unis, mais la plupart des Américains ne peuvent pas voler vers le Canada.

En fait, les Américains ne peuvent pas entrer au Canada par tous les modes de transport pour le moment. Bien qu'il y ait maintenant une exception pour certains citoyens américains ayant une famille immédiate au Canada (Ottawa a assoupli les règles la semaine dernière).

Les Canadiens qui choisissent de voler aux États-Unis sont soumis à quelques restrictions.

Par exemple : ils ne peuvent pas entrer aux États-Unis s'ils ont visité le Brésil, la Chine, l'Iran, l'Irlande, le Royaume-Uni ou 26 pays européens de l'espace Schengen 14 jours auparavant.

Les Canadiens n'auront probablement pas à s'isoler eux-mêmes pendant 14 jours à leur arrivée aux États-Unis. Il est recommandé par les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, mais ce n'est pas une obligation légale (à l'exception de certains États, comme Hawaï).

Les Canadiens doivent cependant s'isoler à leur retour au Canada. C’est la loi.

La partie intéressante de cette histoire est la façon dont les Canadiens découvrent ce passage souterrain – comprendre aérien – aux États-Unis.

La journaliste de CBC, Sophia Harris, partage le récit d'une femme de la Colombie-Britannique nommée Karel Bennett qui voulait se rendre dans l'État de Washington pour voir son nouveau petit-fils qui venait de naître.

Selon CBC, Karel Bennett n'a envisagé de voler qu'après s'être vu refuser l'entrée à la frontière terrestre, où les gardes-frontières américains lui ont personnellement suggéré d'essayer un avion.

Sophia Harris a contacté les douanes et la protection des frontières des États-Unis pour obtenir une explication, mais n'a reçu qu'en guise de réponse un document de la sécurité intérieure indiquant que « les voyages non essentiels entre les États-Unis et le Canada posent un risque supplémentaire de transmission et de propagation du COVID-19 ».

Il n'y a rien dans ce document qui explique exactement pourquoi la frontière aérienne est ouverte alors que la frontière terrestre est fermée.

Bien que les frontières terrestres soient fermées, les Canadiens peuvent toujours voler vers les États-Unis.

Mots d'avertissement

Des Canadiens en bonne santé peuvent voler où ils veulent dès maintenant, aussi longtemps que leur destination est ouverte aux visiteurs internationaux et qu'ils répondent aux exigences d'entrée de la destination donnée.

Et tant qu'ils s'isolent d'eux-mêmes pendant 14 jours lorsqu'ils rentrent chez eux.

Mais ce n'est pas si simple.

L’avis de voyage non essentiel du Canada (qui décourage davantage qu’une loi) devrait être pris au sérieux.

Les Canadiens, pour leur part, ont le devoir d'aider à stopper la propagation de la COVID-19, et rester au Canada est un bon moyen de contribuer à cette cause.

Il y a aussi des risques à considérer si l’on choisit de voyager malgré la demande du gouvernement de ne pas le faire.

La COVID-19 peut faire en sorte que l'espace aérien commercial soit fermé avec peu ou pas d'avertissement. Ottawa a clairement indiqué qu'il ne garantirait plus les services consulaires ou un vol de retour si cela se produisait à l'étranger.

Les Canadiens, selon la loi, doivent s'isoler eux-mêmes pendant 14 jours à leur retour d'un voyage à l'étranger.

Ensuite, il y a le gros morceau : l'assurance voyage.

La plupart des couvertures médicales, tant qu’il existe un avis de (non) voyage, ne couvriront pas les dépenses liées à la COVID-19 si l’on contracte le virus lors d’un voyage à l’étranger.

Les conseillers en voyages, dont l'activité repose sur l'expertise et la confiance, remettent systématiquement ce sujet sur la table (et avec raisons). Après tout, comment un agent peut-il vendre des vacances, en toute bonne conscience, sachant que son client pourrait contracter la COVID-19 et être obligé de se faire soigner, à destination, en payant de sa poche? (C'est le pire des cas).

C’est une mine terrestre que les compagnies d’assurances et l’industrie du voyage en général devront trier quand elles le pourront.

Cela étant dit, les Canadiens continueront-ils de voyager aux États-Unis et ailleurs, sachant qu'ils le peuvent? Certains le feront. Absolument.

Les compagnies aériennes, les compagnies de croisière, les complexes de villégiatures, les destinations – tout le monde, en somme ! – ont fait un travail impressionnant pour introduire des mesures de santé et de sécurité visant à restaurer la confiance des consommateurs.

Mais tant que cet avis de voyage non essentiel est en place, la plupart des Canadiens auront probablement de la difficulté à déposer une demande d'assurance s'ils contractent le coronavirus à l'étranger.

C’est la (triste) réalité de tout cela. Au moins pour l'instant.

À moins, bien sûr, que quelqu'un n'ait trouvé une faille pour cela aussi !

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