Mercredi,  19 février 2020  18:36

Les voyageurs séniors : un marché à ne pas négliger


Les voyageurs séniors : un marché à ne pas négliger
Serge Abel-Normandin

Au début de la vingtaine, Serge Abel-Normandin a interrompu ses études en journalisme pour explorer l’Europe durant sept mois. Peu après ce premier vrai voyage, il a fait ses débuts dans un magazine de l’industrie, combinant ainsi deux grandes passions. Depuis, il ne se lasse pas d’observer l’évolution d’un domaine fascinant, dont il se sent privilégié de faire partie.

Par les temps qui courent, on parle beaucoup des millénariaux. On envie leur aisance avec les nouvelles technologies. On s’amuse des déboires de leurs influenceurs. Surtout, on se demande comment courtiser ces consommateurs incarnant l’avenir...

LIRE PLUS : Comment séduire les milléniaux?

Fort bien. Toutefois, les agences de voyages commettraient une grosse erreur en négligeant la clientèle à l’autre bout du spectre : celle des séniors (assumons l’anglicisme).

Faut-il le rappeler : ces personnes « d’un certain âge » sont à un stade de leur vie où elles sont habituellement libérées des horaires contraignants et des obligations financières, leur laissant davantage de temps et d’argent pour voyager. Le plus souvent dans le confort, voire le grand luxe, dans de nouvelles destinations plus lointaines, plus exotiques… et plus rentables pour les conseillers en voyages!

Pour les fins de cet article, nous considérons comme séniors les baby-boomers (nés de 1946 à 1965; 29 % des Canadiens) ainsi que leurs parents, dits de la génération silencieuse (environ 9 % de la population). Ce groupe florissant englobe donc près de 40 % de nos concitoyens.

Les jeunes… de 50 ans et plus

De fait, ce n’est pas parce que l’on atteint l’âge d’être membre que l’on se sent vieux, que l’on agit en vieux ou que l’on voyage en vieux!

« Quand on est dans la cinquantaine, c’est rare qu’on soit abonné au Bel Âge! Il ne me viendrait jamais à l’esprit de désigner des clients de cet âge comme séniors », lance Maryse Martel, vice-présidente au développement des affaires de Groupe Voyages Québec (GVQ), partenaire de la FADOQ depuis 1986.

Cela dit, le large groupe formé par les Canadiens de 54 ans et plus est loin d’être homogène. Quiconque travaille avec les séniors sait que cette appellation ne reflète pas la diversité de cette population.

 « Moi-même, j’approche les 70 ans; j’ai l’âge de la retraite… Mais je travaille encore et je ne me sens pas du tout comme faisant partie de l’âge d’or », renchérit Michel Derome, fondateur de Club Voyages Tourbec.

L’agence lavalloise en connaît un rayon sur cette clientèle. Pendant plusieurs années, elle organisait des croisières océaniques et des circuits pour la Place des aînés de Laval. (Signe des temps, cet organisme paramunicipal s’appelle maintenant Axion 50 Plus !)

« La formule du voyage en groupe accompagné leur convenait en raison du sentiment de sécurité qu’elle procure, et aussi parce que l’encadrement facilite la visite de destinations dont on ne parle pas la langue, comme Dubaï ou le Vietnam, où nous les avons amenés », indique Michel Derome.

Des clients fidèles

« J’ai la chance d’avoir un noyau solide : des clients qui étaient jeunes à mes débuts en 1983 et qui ont vieilli avec moi! Ce sont maintenant des bourlingueurs expérimentés : lors du dernier voyage que j’ai accompagné, un client s’est amusé à calculer l’âge moyen du groupe. Ça donnait 68 ans! », raconte Michel Derome.

Plusieurs de ces clients fidèles prévoient déjà participer à la croisière dans fjords de Norvège prévue en 2020, puis au circuit Israël-Jordanie annoncé pour 2021. Car c’est un autre avantage de la clientèle des séniors : elle planifie ses voyages longtemps d’avance (ce qui lui permet de bénéficier de promotions). De plus, elle ne tient absolument pas à voyager durant la haute saison!

Dans la même veine, Maryse Martel se souvient d’un client qui avait appelé GVQ parce qu’il éprouvait un problème à réserver un voyage en ligne. 

« Il faisait tout correctement, mais ne parvenait pas à entrer son âge, car notre site ne prévoyait pas trois chiffres pour inscrire 100 ans! »

Des voyageurs dans le coup

Reste que les séniors desservis par Club Voyages Tourbec et GVQ sont généralement beaucoup plus jeunes.

« Aujourd’hui, les retraités peuvent avoir 55 ans, parfois moins. À cet âge, la plupart de nos clients souhaitent voyager en individuel. Ils n’ont pas besoin d’être pris par la main! On leur organise des circuits personnalisés », indique M. Derome.

Maryse Martel (à gauche), vice-présidente au développement des affaires de Groupe Voyages Québec (GVQ); et Michel Derome (à droite),  Michel Derome, fondateur de Club Voyages Tourbec.

Chez GVQ, Maryse Martel constate une importante différence entre la clientèle des groupes voyageant en autocar au Québec (plus âgée) et celle des groupes accompagnés en français à l’international (très diversifiée).

Selon elle, la cohabitation harmonieuse de plusieurs groupes d’âge est favorisée par la vogue actuelle des voyages intergénérationnels.

De fait, les goûts des séniors en matière de circuits sont perméables aux grandes tendances du tourisme.

« Certes, on ne leur propose pas des journées entières de tourisme solidaire comme on le fait pour les groupes scolaires, mais les séniors valorisent l’authenticité et sont très ouverts aux belles rencontres et expériences », commente Michel Derome. Une forme de tourisme expérientiel, selon lui!

L’envie de bouger

Par ailleurs, tant Michel Derome que Maryse Martel constatent un réel intérêt des séniors pour les voyages actifs. « Il ne s’agit pas d’escalader l’Everest, mais, par exemple, d’intégrer au voyage des activités comme la randonnée ou le vélo », explique M. Derome.

Maryse Martel précise que GVQ a ajusté son offre pour répondre aux séniors qui ont envie de bouger.

« Parallèlement à nos circuits traditionnels, on a développé une offre beaucoup plus active. Le meilleur exemple est peut-être notre Compostelle. C’est moins un voyage spirituel qu’un voyage de découvertes et de randonnées. La formule est très flexible : chaque jour, le client a le choix de se déplacer à pied ou en autocar, à sa guise. Le concept est offert dans plusieurs destinations. »

LIRE PLUS - Trafic de drogue et risques d'arnaques : Ottawa prévient les voyageurs âgés

On aura compris que la clientèle des séniors n’est pas nécessairement celle de nos préjugés. Certes, la vague silver inclut les snowbirds et les amateurs de voyages en autocar au Québec. Mais elle comprend aussi des séniors rayonnants, dynamiques, aventureux, parfaitement à l’aise avec Internet et les réseaux sociaux, et souhaitant continuer à s’épanouir sans compromis!

En prime, plus que les autres générations, ces clients répétitifs apprécient les services des conseillers en voyages et n’hésitent pas à faire bénéficier leur conseiller d’un bouche-à-oreille favorable. Avez-vous dit « cool »?



Indicateur